Pour moi, je veux [continue MENG-TSEU] que celui qui est né dans un siècle soit de ce siècle. Si les contemporains le regardent comme un honnête homme, cela doit lui suffire. Ceux qui font tous leurs efforts pour ne pas parler et agir autrement que tout le monde sont des adulateurs de leur siècle; ce sont les plus honnêtes gens de leur village!
Wen-tchang dit: Ceux que tout leur village appelle les plus honnêtes gens sont toujours d'honnêtes gens partout où ils vont; KHOUNG-TSEU les considérait comme la peste de la vertu; pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Si vous voulez les trouver en défaut, vous ne saurez pas où les prendre; si vous voulez les attaquer par un endroit, vous n'en viendrez pas à bout. Ils participent aux mœurs dégénérées et à la corruption de leur siècle. Ce qui habite dans leur cœur ressemble à la droiture et à la sincérité; ce qu'ils pratiquent ressemble à des actes de tempérance et d'intégrité. Comme toute la population de leur village les vante sans cesse, ils se croient des hommes parfaits, et ils ne peuvent entrer dans la voie de Yao et de Chun. C'est pourquoi KHOUNG-TSEU les regardait comme la peste de la vertu.
KHOUNG-TSEU disait: «Je déteste ce qui n'a que l'apparence sans la réalité; je déteste l'ivraie, dans la crainte qu'elle ne perde les récoltes; je déteste les hommes habiles, dans la crainte qu'ils ne confondent l'équité; je déteste une bouche diserte, dans la crainte qu'elle ne confonde la vérité; je déteste les sons de la musique tching, dans la crainte qu'ils ne corrompent la musique; je déteste la couleur violette, dans la crainte qu'elle ne confonde la couleur pourpre; je déteste les plus honnêtes gens des villages, dans la crainte qu'ils ne confondent la vertu.»
L'homme supérieur retourne à la règle de conduite immuable, et voilà tout. Une fois que cette règle de conduite immuable aura été établie comme elle doit l'être, alors la foule du peuple sera excitée à la pratique de la vertu; une fois que la foule du peuple aura été excitée à la pratique de la vertu, alors il n'y aura plus de perversité et de fausse sagesse.
38. MENG-TSEU dit: Depuis Yao et Chun jusqu'à Thang (ou Tching-thang), il s'est écoulé cinq cents ans et plus. Yu et Kao-yao apprirent la règle de conduite immuable en la voyant pratiquer [par Yao et Chun]; Thang l'apprit par la tradition.
Depuis Tang jusqu'à Wen-wang il s'est écoulé cinq cents ans et plus. Y-yin et Laï-tchou apprirent cette doctrine immuable en la voyant pratiquer par Tching-thang; Wen-wang l'apprit par la tradition.
Depuis Wen-wang jusqu'à KHOUNG-TSEU il s'est écoulé cinq cents ans et plus. Thaï-koung-wang et San-y-seng apprirent cette doctrine immuable en la voyant pratiquer par Wen-wang; KHOUNG-TSEU l'apprit par la tradition.
Depuis KHOUNG-TSEU jusqu'à nos jours il s'est écoulé cent ans et plus. La distance qui nous sépare de l'époque du saint homme n'est pas bien grande; la proximité de la contrée que nous habitons avec celle qu'habitait le saint homme est plus grande[40]; ainsi donc, parce qu'il n'existe plus personne [qui ait appris la doctrine immuable en la voyant pratiquer par le saint homme], il n'y aurait personne qui l'aurait apprise et recueillie par la tradition!
[1] Ou Hoeï, roi de Liang.