b) Il m’a semblé que la Hamada n’était franchie nulle part par l’Igharghar. Des militaires qui avaient parcouru cette région m’ont déclaré avoir eu la même impression. Je n’ai encore pu trouver personne qui ait vu, autre part que sur la carte, l’Igharghar traverser la Hamada ;

c) Dans la dépression qui suit le Bâten (versant à falaises) de la Hamada au Sud, on rencontre en abondance Corbicula saharica P. Fischer et Melania tuberculata Mâll., faune sub-actuelle qui semble indiquer l’existence récente dans cette dépression d’une vaste « daia » ou d’une série de « daia » dans laquelle ou dans lesquelles les eaux venant du Sud se réunissaient.

Une partie de cette eau devait disparaître par évaporation, une autre partie pouvait être absorbée par les graviers, grès friables et autres formations crétacées perméables, s’enfoncer sous le plateau crétacé suivant le pendage si régulier de ces terrains vers le Nord et emprisonnées par les formations argileuses et marneuses intercalées dans ce Crétacé, alimenter le Nord en eaux artésiennes par une circulation sous pression en profondeur, dans le fond de la vaste cuvette crétacée comme cela continue à se produire actuellement.

Certaines « reculées » dans la Hamada de Tinghert, qui ont d’ailleurs donné leur nom à la Hamada[9], semblent comme des « manches » et des « culs-de-sac » d’absorption.

Et il convient de signaler également la présence d’entonnoirs d’effondrements et d’absorptions dus aux formations de gypse dans la Hamada, qui favorisent la disparition des eaux superficielles et jouent un rôle important pour la compréhension de la circulation souterraine de l’eau dans ces régions.

D’autre part :

a) J’ai constaté, après d’autres observateurs, dans les gassis du Grand Erg Oriental, l’existence de galets d’origine vraisemblablement lointaine.

Si l’oued Igharghar ne traverse pas la Hamada de Tinghert actuellement, il semble donc, ainsi que d’autres oueds de cette région, qu’il l’ait traversée autrefois, avant d’être décapité peut-être par l’accentuation du creusement de la dépression Sud-Tinghert[10] ;

b) A quoi attribuer la constitution des masses considérables de sable du Grand Erg Oriental si l’oued Igharghar ne traverse pas la Hamada, cet erg étant considéré jusqu’à maintenant comme les alluvions de sa zone d’épandage remaniées et modelées par le vent.

On doit admettre que le vent a étalé et entassé, étale et entasse encore, en des endroits de prédilection, et suivant une manière qui lui est propre, le sable obtenu par une sorte de vannage, soit des plages détritiques marines, ou fluvio-marines, ou fluvio-lacustres (les plus dépourvues d’humidité), soit des formations d’atterrissements (les plus sèches) des nombreux oueds descendant des bords élevés de la cuvette crétacico-tertiaire (Zab, Gantra, Tademaït, Tinghert, Hamada El Homra, Hamada Neïla), oueds ayant alluvionné et alluvionnant beaucoup dans cette partie à pente faible de leur cours et en raison du peu de résistance des formations drainées crétacico-tertiaires ; oueds dont certains, parmi lesquels l’ancien Igharghar (dont on a peut-être exagéré l’importance quant à sa contribution à la formation des sables du Grand Erg Oriental) poussaient peut-être leur cours supérieur jusque dans le Massif Central Saharien avant que le fossé Sud-Tinghert ne se soit creusé profondément suivant le processus indiqué plus loin.