La flore persistante du pays targui, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut, n’est pas largement répandue, diffuse : elle est réduite, concentrée aux lits d’oueds en un réseau favorisé (et peu désertique).
Ce réseau est d’autant plus serré et riche que l’on est sur les contreforts ou dans un massif montagneux plus important, les précipitations atmosphériques y étant plus considérables, le réseau hydrographique y étant plus dense et plus profondément gravé et enfin par suite des seuils, des « crans de retenue » dont nous avons déjà parlé, cette eau ne fuyant pas normalement, rapidement vers l’aval, en dehors de la crise de venue de l’oued.
De là l’explication, en partie, de ce que la valeur au point de vue humain des différentes régions du pays targui est souvent en rapport direct avec leur caractère plus ou moins montagneux (indépendamment de la question de l’acheb).
*
* *
J’espère que ces conclusions seront de plus en plus renforcées par les explorations à venir et que la province botanique du Massif Central Saharien avec son individualité, sa richesse, sa variété et sa forme typique de végétation, sera de plus en plus couramment distinguée du reste du Sahara : Sahara arabe au Nord, soudanais au Sud, etc.
Des études approfondies de la flore du pays targui ne feront, je crois, que montrer de plus en plus l’individualité et le caractère varié de cette flore.
Cette étude serait fertile en découvertes dans ce sens particulièrement, à mon avis, dans l’Oudan, le Tifedest et les contreforts Nord-Ouest de l’Atakor.
Dans les vallées de l’Oudan surtout ; la légende célèbre de la Garet-el-Djenoun n’est peut-être pas très loin de la réalité : s’il y a des vallées suspendues sur son vaste plateau terminal encore vierge d’exploration, peut-être une flore étonnante s’y est-elle concentrée.
En tous cas, des vallées profondément entaillées de ses contreforts il y a beaucoup à espérer ; je n’ai vu que le bas d’une de ces vallées, l’oued Ens Iguelmamen ; la végétation en était exubérante pour le Sahara et j’ai vu là un très beau Telokat. Que nous réservent les régions en amont ?
Quant aux contreforts Nord-Ouest de l’Atakor j’ai eu là, dans l’oued Arrou, la volupté de cheminer pendant plusieurs heures auprès d’un ruisseau chantant, au milieu de Tarfa des plus ombreux et sur de vraies prairies avec menthes, véroniques, graminées, etc. ; des Touareg m’ont affirmé que cet oued coulait toujours ; c’est là un coin dont l’étude botanique serait, je crois, des plus intéressante également, avec celle encore des coins humides du Tifedest-Ta-Mellet (citons en particulier dans le Tifedest-Ta-Mellet, l’oued Timakhatin [affluent de l’oued In-Takoufi], les environs d’In-Ebeggi, de l’oued Aorr [au pied de l’Iscarneier] et de l’oued Entenecha).