Ensuite je remonte dans l’Atakor dont je n’oublierai jamais, je crois, les cimes étranges et déchiquetées, ni les aurores merveilleuses quand, dans la fraîcheur du matin, alors que le soleil levant fait rougeoyer les aiguilles fantastiques de la Koudia, la caravane s’ébranle dans l’ombre d’une vallée.

Je gagne l’oued Arrou dans les contreforts Nord-Ouest de l’Atakor ; oued enchanté : sa gorge est toute bruyante de la chanson d’un ruisseau, de la délicieuse chanson de l’eau et c’est une joie immense ! toute la journée en le suivant, c’est de la folie.

C’est une des surprises de ces contreforts Nord et Nord-Ouest de l’Atakor ; on y trouve des ruisseaux, de vrais ruisseaux bondissants et joyeux, dans de l’herbe et des fleurs, sous de frais bosquets de Tamarix, de Térébinthes et de Jujubiers.

Enfin, c’est dans l’Atakor que l’on rencontre en général l’élite de la tahouggera (noblesse) des Kel-Ahaggar, des Kel-Ettebel (fils de suzeraineté) : les Kel-Rala, tribu dans laquelle est choisi l’Amenoukal (roi) des Kel-Ahaggar, dont la souveraineté d’ailleurs n’est plus établie sur tous les Kel-Ahaggar, mais principalement sur les Kel-Efella (gens du haut) seulement, les Kel-Ataram (gens d’aval) constituant actuellement un ettebel (ensemble de vassaux) distinct du grand ettebel (celui des Kel-Rala et des Tedjéhé-Mellet, celui de l’Amenoukal), l’ettebel des Taitok[89].

Alors que les nobles guerriers de l’Ahaggar, leurs époux, sont en expédition lointaine, c’est là, dans les hautes vallées principalement, que vivent leurs femmes et leurs enfants avec les troupeaux, les biens de la famille, à l’abri, autant qu’on peut l’être, des rezzous.

C’est là le centre, le cœur de l’Ahaggar et son ultime réduit.

C’est d’ailleurs une région privilégiée de pâturage vert (d’Acheb), car les pluies tombent relativement souvent sur ces hautes montagnes et elles sont fréquemment couvertes d’un véritable manteau de fleurs violettes (le Krom) ainsi que d’une sorte de rougeoyante oseille, qui font le bonheur des chamelles et des chèvres et permettent à leurs maîtres de vivre dans l’abondance du lait, d’être des heureux du Sahara.

Ces hauts plateaux de l’Atakor sont donc souvent très habités, et très noblement habités ; on mène alors dans la société targui une vie mondaine infiniment attachante.

La vie en Koudia ! que de douceur de vivre est contenue dans ces mots pour un targui.

J’ai vécu avec les Touareg, comme les Touareg, et leur vie mondaine de guerriers, d’amoureux et de poètes m’a profondément enchanté.