Après avoir étudié la région de l’oued In Sakan et de l’Adrar Idekel, dans le terrain de parcours des Eitlohen, dont des guerriers plus ou moins Senoussistes (comme pas mal des Touareg des confins du pays Ajjer dans lesquels j’ai circulé) assassinèrent le Père de Foucault à Tamanrasat, je gagne Idelès par l’oued Inouaouen.

Quelle surprise ! que ce centre de culture d’Idelès[87], le premier que je vois : au milieu des montagnes, à 1.300 mètres environ d’altitude, voici des palmiers, des figuiers, des cultures de blé et de mil, de beaux pieds de vigne et un animal surprenant en plein Sahara, un zébu, un bœuf à bosse du Soudan, dressé, qui, par un va-et-vient régulier, au moyen d’un appareil astucieux, tire l’eau d’un puits.

Des noirs travaillent aux cultures d’Idelès.

Les Touareg ne s’attachent pas à la glèbe : c’est là travail d’esclave et non de noble targui ; les Touareg se contentent en général, dans les arrems[88] du Hoggar, de toucher des redevances : ce sont des seigneurs.

Planche XIII.

Le Pays cristallin. Le massif du Tellerteba (Anahef), vu de l’oued In Sakan (c’est-à-dire face Sud-Est).

Un groupe d’Etels (Tamarix articulata).

Quelle volupté que l’ombre fraîche des figuiers d’Idelès ; comme je suis tenté de m’arrêter quelques jours ici.

Nous continuons cependant notre route et gagnons les hautes régions de l’Atakor, le massif du Tahat qui, avec ses 3.000 mètres d’altitude, est le point culminant, la clef de voûte du Sahara central, et je descends en raid sur Tamanrasat, de l’autre côté de la Koudia où, avec le lieutenant Vella, le résident du Hoggar, je fais le pèlerinage sacré : la tombe du Père de Foucauld, le monument du Général Laperrine et de son ami, et le château du Père de Foucauld contre les murs duquel il fut assassiné — chose surprenante d’ailleurs pour un prêtre en pays musulman.