Le Pays cristallin. Le bord Sud-Est de la plaine de reg de l’Amadror avec le massif du Tellerteba (Anahef).

Au côté un glaive de ligne sobre et pure gainé de cuir écarlate évoque les chevaliers.

Ainsi m’apparaît, superbe et mystérieux, le guerrier targui Amdor ag Amadou.

Je le prends comme guide.

Je m’aperçois bien vite qu’il n’est pas que son visage qu’il voile : qu’importe ! ne sont-ils pas tous plus ou moins ainsi les Touareg ; ils ne disent jamais tout : un de leurs proverbes dit, dans le style sybillique qu’ils affectionnent : « La moitié pour nous deux, l’autre je la garde », ce qui signifie : « Je ne me livre jamais entièrement », et c’est très targui !

Enfin, il prend la responsabilité de me conduire où je désire aller, cela me suffit.

Après le noir pays de l’Egéré aux nombreux cratères souvent occupés par de très vieux tombeaux comme si les anciens habitants du pays avaient cru que ces sombres entonnoirs avaient quelques rapports avec l’obscur séjour des morts et le reg[85] désespérant de la plaine de l’Amadror, voici le massif du Tallerteba, imposante forteresse de près de 2.200 mètres d’altitude qui se dresse au seuil du pur Hoggar.

Des points d’eau se cachent dans ses flancs mystérieux ; c’est souvent un repaire de pillards. J’en fais l’exploration et l’ascension, malgré mon guide qui refuse de m’en faire les honneurs.

Quelle joie d’y découvrir un cirque intérieur dissimulé dans ses vastes flancs, avec végétation de térébinthes, mimosa, tamarix, laurier-rose, kerenka, etc., et même, ô surprise ! un petit ruisseau qui sort du cirque par une suite de cascades en une profonde entaille, pleine d’ombre et de fraîcheur, dans laquelle il se repose, entre deux bonds, en des vasques charmantes de porphyre[86] poli et bleu.

Quelle joie de gravir cette cime orgueilleuse et célèbre chez les Touareg, que je suis le premier à vaincre.