Dans le Tahihaout, j’essaie de m’emparer à la course d’ânes redevenus sauvages que l’on m’avait signalés. Ce n’est pas facile.

Du 6 au 19, je suis retenu à Tounourt et Amguid par une violente crise d’appendicite qui préludait depuis quelques jours.

Les Touareg me soignent et je garde un souvenir reconnaissant en particulier aux Forassi de la descendance d’El-Hadj-el-Foki qui m’entourent d’affection.

C’est une section raffinée des Touareg ; leurs femmes sont très recherchées pour leur beauté, leur finesse et leur bonne éducation, et la dot que doit donner leur mari est particulièrement élevée.

Et je vérifie encore combien est nuancé le code de la civilité touareg et combien ils ont de formes de respect pour les femmes de haut lignage, pour les vieillards, etc., etc.

J’y apprends également combien ils craignent la déesse Némésis. Il convient par exemple de ne jamais les féliciter sur le nombre de leurs chameaux ou de leurs jeunes bébés chameaux quand ils vous font l’honneur de leurs troupeaux, car cela porte malheur, disent-ils, un rezzou est si vite arrivé qui change la face des choses ! Il convient de ne même pas dire avec admiration : « Qu’il y en a ! », il convient tout juste de dire : « Il y en a quelques-uns », quand il y en a beaucoup.

Les Touareg cachent leur fortune ; s’ils sont voilés quant à leur figure, ils le sont aussi quant à leurs biens et d’ailleurs quant à tout. Nous ne savons pas en particulier ce qu’ils cachent dans leurs grottes secrètes, ce qu’ils y entassent. Ces cachettes, placées en général dans le terrain de parcours de leur tribu, où ils mettent leurs biens, leurs provisions, ont souvent fait trotter mon imagination quand ils allaient y chercher des vivres (dattes, blé, mouflon séché, etc.). Depuis des siècles des objets curieux s’y sont peut-être entassés !... Les deux fusils que j’ai trouvés près de Tin-Edness appartenaient, paraît-il, au père d’un Eitlohen (Oinkara) ; ils lui venaient de son père, etc., etc., et ils étaient depuis longtemps cachés dans la grotte que lui seul connaissait, où je les découvris. Dans ces cachettes peuvent donc dormir des armes anciennes des Touareg (celles en tous les cas qu’on leur voit arborer dans les grandes cérémonies et qui sortent alors comme par enchantement) et beaucoup de vieilles choses. Peut-être là trouverait-on quelques éléments pour l’histoire des Touareg, si informe encore.

Que de voiles encore à déchirer couvrent les mystérieux Touareg[98].

Pendant ces quelques jours je subis de nombreux vents de sable.

C’est d’ailleurs habituel en avril-mai. Aussi est-ce une période peu sûre dans ces régions, car les Touareg, sachant que leurs traces seront ainsi effacées, profitent souvent des vents de sables pour faire leurs raids de pillages.