Les oasis de Temacine, Blidet Amar et Ouargla successivement rencontrées sont tour à tour laissées en arrière, et tour à tour s’effacent dans le lointain comme s’évanouit un trop beau songe, la ligne verte de leurs palmeraies enchanteresses et les silhouettes élancées et songeuses de leurs minarets blancs.
Bientôt c’est le vrai désert et les jours succèdent aux jours dans l’immensité des sables moutonnants et des hamadas caillouteuses.
Notre solitude n’est plus guère rompue qu’aux puits ; là on trouve souvent quelque animation ; ce sont les lieux mondains et vivants du Sahara ; caravanes de passage, nomades au pâturage non loin de là, bêtes et gens se rencontrent au puits où la même nécessité les mène : boire.
Et il y a grand échange de nouvelles relatives aux dernières pluies, à l’état des pâturages, à celui des points d’eau, aux récents « rezzous », grandes conversations sur les prix des méharas, des moutons, des chèvres, des dattes, du thé, du sucre et de la toile, au milieu des cris des hommes tirant l’eau et des réclamations bruyantes des chameaux qui ont soif et attendent avec impatience leur tour pour se désaltérer ou qui ne sont pas contents parce qu’on ne les charge pas à leur convenance.
De nombreux oiseaux, apanage des points d’eau, amusent l’œil de leurs vols et sautillements gracieux et affairés.
Et quelle joie lorsque les nomades possèdent quelques bêtes laitières : chacun de se gorger et de remplir ensuite des outres du lait des chamelles ou des chèvres.
Bien souvent également on trouve quelque objet de marchandage ou d’échange et alors c’est une volupté très arabe de conduire pendant des heures, en buvant de nombreux thés, la négociation savante d’un de ces objets, si insignifiant soit-il, dont souvent d’ailleurs ils n’ont même pas l’intention d’entrer en possession ; ils parlent « douro » et « sourdi » et ils sont heureux.
Enfin, les nomades ont parfois des femmes.
Quel attrait prend alors le puits : surprendre une gracieuse fille voilée alors qu’elle est occupée à faire la provision d’eau de sa famille, apercevoir un œil charmant par la déchirure d’une tente, en voilà un bonheur !
Le point d’eau est pour ces pays sahariens comme un paradis et on s’aperçoit vite qu’il est inutile de tenter à son approche de conserver une allure modérée, tant l’impatience et la curiosité des hommes sont grandes ou, lorsqu’il faut en partir, de le quitter à l’heure fixée d’avance.