Enfin, voilà la porte par laquelle je pénètre dans les marches de guerre du pays targui : Tanezrouft dans la Hamada de Tinghert.
C’est un enchantement : je vois des arbres, des fleurs, de l’eau et ce n’est pas un décevant mirage !...
Je n’ai rien vu de pareil depuis Ouargla et ce premier coin verdoyant m’enivre d’enthousiasme.
Charmant salut targui :
De véritables prairies, d’innombrables fleurs, sont un tapis grisant à mes pas ravis entre les bouquets ombreux d’étels étoilés de pourpre et les massifs de r’tems aux blancs papillons follement odorants.
Il a plu et c’est une abondance stupéfiante de végétation qui a couvert en quelques jours le fond de cette vallée de Tanezrouft, sans doute moins attrayante en temps ordinaire.
Mon méhari s’en donne à cœur joie. Toutes ces délicates et gracieuses fleurs sont happées goulûment par sa lèvre prenante, et son ventre prend vite des dimensions considérables : il gardera sans doute comme moi un souvenir ému de Tanezrouft.
La végétation n’est pas seule à donner à Tanezrouft un caractère inoubliable : la sortie du défilé qui traverse la Hamada est commandée par une gara en forme de coupole dont la silhouette mystérieuse fait planer sur ce pays un charme secret et tout puissant.
Son sommet est couvert de caractères tifinar, cette écriture très particulière des Touareg que le roman de l’Atlantide a rendue célèbre ; c’est la première inscription de tifinar que je rencontre ; nous sommes bien dans les marches extérieures du pays targui et ces inscriptions ont sans doute été gravées pendant les longues heures de veille par les sentinelles qui se sont succédé sur cet observatoire traditionnel.
Car ce fut un point stratégique important : quand les Arabes Chamba menaçaient les Touareg, ce défilé de Tanezrouft était la première défense qu’ils rencontraient au sortir du Grand Erg et un point d’eau ardemment souhaité.