Je le longe pendant une dizaine de jours.
Quel spectacle d’une infinie singularité que celui de cette immensité plate et noire, d’une désolation inouïe, sans rien, rien jusqu’à l’horizon ; c’est le pays le plus nu du monde peut-être ; l’on n’y trouve pas la moindre végétation, le moindre point d’eau (250 km. sans puits) ; les Arabes l’appellent le « pays de la peur ».
O magie incroyable de la lumière saharienne sous les baisers ardents du soleil, cette terre hostile anime sa nudité de teintes et de mirages merveilleux ! Le Gassi Touil est par excellence le pays du mirage.
Les hauteurs sont élastiques ; une touffe d’herbe au loin prend parfois les dimensions d’un arbre ; un méhariste amplifié par le mirage peut apparaître un instant d’une taille fantastique et terrifiante, ou, absorbé par ce même mirage, disparaître tout d’un coup comme par enchantement ; les distances ne peuvent s’estimer ; on croit marcher dans un songe.
Planche III.
Pays crétacico-tertiaires. Dans le Gassi Touil, un îlot de dunes.
A l’horizon paraissent des dunes de l’autre rivage du Gassi Touil teintées du bleu le plus tendre au rose le plus délicat ; par le mirage elles sont déformées en falaises, en villes fortifiées ; dans le mirage elles se noient, elles se reflètent comme dans des nappes d’eau calmes et miroitantes, ainsi que des lacs d’argent ; parfois il semble que l’on voit les ports lointains d’une paisible mer d’azur.
Constamment le mirage change à l’horizon ; on n’a pas le temps de s’en lasser qu’il s’est évanoui en une vision nouvelle et qu’il a pris ce charme de plus d’avoir été trop éphémère.
Il semble que ce soit comme une consolation et que les pays les plus déshérités matériellement soient ceux des plus beaux mirages, ceux qui nous charment et nous envoûtent le plus de rêves insaisissables et merveilleux.