Le caïd m’offre des œufs et un poulet : aimable attention ! Je n’en devais plus manger de longtemps, car les Touareg considèrent cet animal comme impur et n’en mangent généralement pas. Si Mohammed-ag-Abdenneby en mange quoique targui, c’est sans doute qu’il a pris de mauvaises habitudes au voisinage des Français de Fort Flatters.
Puis les jardins et les palmiers de Temassinin ne sont bientôt plus qu’un souvenir et nous voilà de nouveau seuls dans les sables, ceux de l’Erg d’Isaouan-n-Tifernin.
b) Notes de route[25].
Touggourt est le point terminus de la voie ferrée, le point le plus avant dans le Sahara où vous mène le rail.
C’est de là que je pars à chameau, le 8 janvier, vers le Sud, après avoir reçu le très aimable accueil et les précieux conseils des officiers des Affaires Indigènes (le Cmdt Béraud, le Cmdt Fournier et le Cne Lhoilier), qui, ainsi que tous les officiers du Sud, suivant la tradition saharienne, voient toujours d’un œil sympathique les voyageurs qui viennent étudier leur cher Sahara.
L’oued Rhir est une traînée de palmeraies[26] qui se sont admirablement développées, sous la direction française, par le travail de la sonde artésienne ; on est heureux de voir là une belle œuvre de la civilisation qui ainsi a créé de merveilleuses palmeraies là où souvent il n’y avait rien, en faisant jaillir des eaux abondantes.
A cette œuvre, le nom de Rolland et du Cmdt Pujat est attaché.
Je passe à Temacine, une oasis pittoresque dont le village est établi sur un socle bâti avec des troncs de palmiers, et qui jouit de la présence d’un lac ravissant.
Son caïd, Abd-el-Kader, me montre aimablement la curiosité de l’endroit : les « retass » ; ce sont des plongeurs qui curent les puits artésiens arabes de la région ; c’est un spectacle étonnant que celui de ces hommes qui peuvent supporter de plonger trois à quatre minutes à une profondeur de 30 à 40 mètres, pour remplir au fond du puits une corbeille de sable ; comment peuvent-ils supporter cette pression et aussi longtemps ? C’est un problème ; il paraît que c’est par suite d’un entraînement poursuivi de génération en génération : ils sont « retass » de père en fils et forment une corporation à part, d’ailleurs très respectée des autres indigènes. Ils disparaissent ; on n’en compte plus que quelques-uns : leur métier ne rapporte plus, c’est l’introduction de la sonde artésienne dans le pays qui en est la cause.
Après Temacine, c’est la Zaouia de Tamelet, de la Confrérie des Tidjania, avec ses rues voûtées et fraîches, sa mosquée dotée d’une belle coupole, ouvragée délicatement, et les tombes des marabouts célèbres que cette coupole abrite.