Et pourtant qu’y aurait-il d’invraisemblable à ce que la mer, ayant eu un niveau[3] très supérieur à celui qu’elle a aujourd’hui — plus élevé que le seuil de Gabès[4] — ait pénétré au Pliocène et occupé une partie de cette cuvette, pour en disparaître au Pléistocène suivant le processus indiqué, quand on constate sur les côtes d’Algérie (d’après le Général de Lamothe) des rivages marins anciens indiscutables de 60, 103, 148 et douteux de 204, 265 et 325 mètres d’altitude et qu’en Egypte on a fait des constatations de même ordre.
La région du seuil de Gabès échapperait donc seule à ce phénomène des variations du niveau de la Méditerranée[5].
Il n’est peut-être pas inopportun de rappeler :
1º Que le général de Lamothe a observé que les pouddingues fluviatiles de l’oued Biskra se terminent brusquement près de l’oasis, à 50 ou 60 mètres au-dessus de la plaine et à la cote 200 ;
2º Que Desor, Martin et Escher de la Linth ont trouvé dans le Souf, près d’Hassi Bou Chama, des coquilles marines, entre autres Nassa gibbosula L., vivant actuellement dans la Méditerranée ;
3º Que Pomel lui-même a comparé certaines formations pléistocènes du Sahara aux atterrissements de l’estuaire de la Macta ;
4º Que la présence de terrasses pliocènes, pléistocènes, signalées par Flamand, de dunes anciennes dans le Souf, est très compatible avec l’existence d’une lagune s’asséchant et faisant varier les niveaux de base des cours d’eau sahariens ;
5º Que Flamand indique que le Terrain des Gours (oligo (?) miocène) d’atterrissements continentaux est séparé des formations plus récentes de la région déprimée oued Rhir-Ouargla-oued Mya de la fin du Pliocène et du Pléistocène, par une falaise abrupte d’où se détachent de nombreux gours (gara Krima entre autres) ;
6º Que les idées de Flamand relatives à la « Carapace hamadienne » plio-pléistocène n’ont peut-être pas une grande valeur pour les formations diverses du Sud-Constantinois. Ces idées, fondées sur la seule découverte de deux exemplaires de Limnea Bouilleti Mich. dans la région de l’oued Gharbi sont peut-être excellentes pour la « Carapace hamadienne » des hauts pays de l’oued Gharbi, mais ne peuvent certainement être adoptées pour celle du Sahara sud-constantinois, qui, par ses très faibles altitudes, en dessous de 300 mètres, est très distincte, sans des observations qui les confirment.
(Les observations de Flamand ne sont d’ailleurs pas plus probantes pour réfuter l’hypothèse d’un golfe de l’Océan Atlantique à l’Ouest, car elles ne portent pas sur les régions basses de l’Ouest) ;