Les volcans ont contribué, semble-t-il, par leurs épanchements à changer la physionomie de certaines vallées et par des coulées formant barrages ou occupant le fond des vallées le profil en long de certains oueds, qui ont été ainsi amenés à modifier complètement leur activité sur des niveaux de base nouveaux s’échelonnant d’amont en aval ; d’une part ces oueds se sont mis à alluvionner sur certaines parties de leur cours, d’autre part ils ont repris une action de creusement dans d’autres ; une nouvelle formule d’activité particulièrement compliquée a présidé à leur vie ; on trouve là également l’explication de certaines terrasses.
Peut-être pourrait-on envisager la possibilité d’un passé glaciaire pour l’interprétation des formes de certaines vallées ; certains modelés offrent des caractères de similitude curieux avec ceux dus à l’action des glaciers.
Dans le massif du Tellerteba (2.200 m. environ) des cirques peuvent évoquer la présence passée dans ce massif de glaciers suspendus, mais ils peuvent aussi représenter les restes d’immenses cratères très anciens et d’un type particulier.
Des vallées des régions hautes présentent parfois des espèces de seuils rocheux que l’on pourrait assimiler à des verrous glaciaires (les oueds post-glaciaires auraient creusé ces verrous dans la suite et la présence de certaines terrasses à l’amont pourrait ainsi encore être expliquée) ; mais ces seuils avec contre-pente peuvent être expliqués aussi par la seule dureté relative du rocher.
Des terrasses ont un tel développement dans certaines vallées qu’on pourrait y voir des terrasses de fonte de glaciers.
Il existe des roches moutonnées, mais l’effet de l’insolation sur les roches grenues les explique aussi.
Il semble pour le moment que l’on doive attribuer la création de ces contrastes, de ces terrasses et de ces formes suspectes au travail très particulier des oueds de ces régions, combiné à l’action de l’insolation, la gelée, les crises de ruissellement, les alternatives d’humidité et de sécheresse et le vent[52], sur un pays cristallin ayant été travaillé par des érosions antérieures de formules différentes de celles dont il est l’objet actuellement, ayant subi peut-être des mouvements variés et ayant été certainement le théâtre de manifestations volcaniques violentes.
Dans tous les cas, les oueds ahaggariens réduits en général pour le moment à une vie torrentielle discontinue et intermittente, semblent avoir passé par une période de vie plus active pendant laquelle ils devaient couler en surface, constamment, et sur tout leur cours ; le Sahara semble avoir passé ainsi par une phase humide.
Ceci nous ramène à la question de la mer saharienne discutée au début de ce travail.
Il convient d’ailleurs dans les considérations morphologiques de ne pas oublier que le Pays cristallin est émergé depuis des temps très lointains, peut-être depuis les temps permiens et, pour une part peut-être, depuis des temps plus anciens encore.