La domination des Avars, qui avaient presque ruiné l'empire grec, se vit ébranlée à sa base par la révolte des Slaves de l'Ouest, sous le règne de l'empereur Héraclius (610-41); la nation slave des Serbes et des Chrobates (Serviens et Croates) ayant été appelée par cet empereur à les chasser des provinces méridionales du Danube, cette circonstance laissa les Slaves en paisible possession du Péloponèse et des autres terres qu'ils avaient enlevées aux Avars. Suivant la pente naturelle de leurs dispositions au calme, ils adoptèrent, comme ils l'avaient fait dans d'autres contrées, les occupations tranquilles de l'agriculture et de l'industrie, et ils perdirent bientôt toute trace de cette humeur guerrière qui semblait les caractériser au temps de leur invasion dans l'empire grec. Cette transformation fournit aux monarques byzantins les moyens de les attaquer avec succès; Constant II (642-68) porta la guerre dans le pays des Slaves, afin d'ouvrir une communication entre la capitale, d'une part, et Philippi et Thessalonique de l'autre. Justinien II (685-95 et 705-10) dirigea aussi une expédition victorieuse contre les Slaves, et fit un grand nombre de prisonniers qu'il transplanta dans l'Asie-Mineure. L'empire grec ayant repris une énergie momentanée sous la dynastie isaurienne, Constantin Copronyme poussa ses conquêtes sur le territoire des Slaves jusqu'à Bérée, au-dessus de Thessalonique, ainsi qu'on n'en saurait douter en examinant la délimitation des frontières de l'empire faite par les ordres de l'impératrice Irène, en 793. Les Slaves du Péloponèse furent conquis, sous le règne de l'empereur Michel III, à l'exception des Milingi et des Eseritæ qui habitaient Lacédémone et Elis, ainsi que le rapporte Constantin Porphyrogenète[203].
L'empereur Basile Ier ou le Macédonien, acheva de les soumettre; vinrent ensuite la Religion chrétienne et la civilisation grecque, qui effaça leur individualité, perdue au milieu des Hellènes, de même que l'élément allemand absorba celle de leurs frères des rivages de la Baltique.
Les traces de l'occupation de la Morée par les Slaves se retrouvent encore dans ce pays. Plusieurs localités décrites par Pausanias et même par Procope, ont disparu et ont été remplacées par d'autres portant des noms slaves, tels que Goritz, Slavitza, Veligosti, etc., etc. Il est presque inutile d'ajouter que les habitants, dont le langage avait donné des noms à ces localités, sont nécessairement restés un temps considérable dans les lieux qui continuent de porter ces noms, après que les individus eux-mêmes ont disparu comme nation des pays où se trouvent situées les villes nommées par eux.
Il paraît que la population actuelle de la Morée a, pour le moins, autant de sang slave que de sang grec dans les veines. «Le caractère des habitants de la Morée a cependant, selon un voyageur moderne[204], plus de ressemblance avec celui des anciens Grecs qu'avec les Slaves ou tout autre peuple. Il en est de même de leurs costumes, des mœurs de leurs différentes communautés et de leurs sentiments. Et, bien qu'ils aient hérité peu des nobles qualités de leurs ancêtres, ils possèdent leur finesse et leur esprit de ruse, et, comme les anciens Grecs, ils sont également dolis instructi et arte Pelasgâ.» Cette réflexion n'est certainement pas applicable aux Slaves.
FIN.
TABLE DES MATIÈRES.
Chapitre premier.
LES SLAVES.
Pages.
Origine du nom des Slaves. — Hérodote en parle. — Tacite, Pline et Ptolémée en font mention. — Ils s'étendent au Sud et à l'Ouest. — Leur caractère et leurs mœurs. — Conquête et extermination des peuples situés entre l'Elbe et la Baltique. — Quelques mots sur les Wendes de la Lusace. — Oppression des Slaves par les Germains, et leur résistance au Christianisme. — Renaissance de l'animosité nationale entre les Allemands et les Slaves à notre époque. — Religion des anciens Slaves. — Hospitalité, caractère doux et pacifique, probité des Slaves idolâtres attestée par les missionnaires chrétiens. — Anecdote qui rappelle les peuples hyperboréens. — Leur bravoure et leur habileté militaire. — Leur courage à supporter les fatigues et les tourments. — Progrès rapide du Christianisme parmi eux, dès qu'il est prêché dans leur langue. — Royaume de la Grande-Moravie. — Traduction des Écritures en slavon, et introduction de la langue nationale dans le culte religieux par Cyrille et Méthodius. — Persécution de ce culte par l'Église catholique romaine. — Les rois de France prêtaient leur serment de couronnement sur un exemplaire des Évangiles slaves. [1]
Chapitre II.
BOHÊME.