[191]: Karamsin a fait remarquer justement que l'avènement de Vladislav eût changé le sort de la Russie en affaiblissant l'autocratie, et peut-être la face de toute l'Europe eût-elle été modifiée, si le père de ce prince, le roi Sigismond, avait eu en partage la sagesse de Zolkiewski. Malheureusement nous avons vu qu'il n'en était pas ainsi. Zolkiewski ne put obtenir de Sigismond la confirmation de son traité; il se retira de dégoût et ne prit plus aucune part aux affaires concernant la Russie. Il laissa le lieu de sa retraite quand le pays fut menacé par les Turcs, et périt dans une bataille qu'il leur livra en 1620.
[192]: Une étude très intéressante sur ces sectes se trouve dans l'ouvrage de sir Gardner Wilkinson: la Dalmatie et le Montenegro, vol. II, p. 97.
[193]: Le cabinet russe, en obtenant à plusieurs reprises, du gouvernement français, l'expulsion de quelques réfugiés polonais, de Paris ou même de la France, avait en vue un objet assurément plus important que de vexer simplement ces individus. La diplomatie russe est trop sage pour condescendre à des actes aussi puérils d'oppression, afin d'empêcher ces réfugiés de s'abandonner à un esprit permanent d'hostilité contre la Russie; car elle sait bien que, chassés de France, ils peuvent recommencer en Angleterre ou en Belgique, et que son intervention ne servirait qu'à produire sur le public français une impression défavorable contre elle. Son véritable but, en obtenant du gouvernement français ces actes de condescendance à ses désirs, était de montrer à la Pologne le pouvoir de l'influence russe en France, afin que les Polonais comprissent bien qu'ils n'avaient rien à attendre de ce gouvernement. Sa politique a complètement réussi sur ce point, et nous devons ajouter qu'elle a rendu un grand service aux Polonais, en détruisant une illusion dangereuse qui leur a fait beaucoup de mal en plus d'une occasion.
[194]: Le principal motif de l'hostilité manifestée à Posen contre le moderne réformateur Czerski, a été celui que le parti auquel il appartenait était désigné par le nom de catholiques allemands, et que les extravagances de Rongé et d'autres meneurs du mouvement religieux qu'ils avaient créé, étaient attribuées à tous les sectateurs. Il a donc été facile de représenter la tendance de Czerski comme anti-nationale et irréligieuse.
[195]: C'est un proche parent du Hongrois Kossuth, qui n'est qu'un Slave madgyarisé.
[196]: Rome, avec sa sagacité habituelle, prévit le danger qui menaçait sa domination en Pologne, si ce pays était rendu à l'indépendance. De là le Bref auquel nous faisons allusion dans le texte, adressé en 1852 aux évêques de Pologne par Grégoire XVI, qui condamnait en termes violents la tentative que la nation avait faite l'année précédente pour recouvrer son indépendance. Le même Bref en mentionne un autre d'une teneur semblable, envoyé au pays dans le temps le plus orageux de sa lutte, mais qui n'atteignit pas sa destination, ainsi que le pape s'en plaint. Nous pensons toutefois que cette plainte n'est pas dénuée de fondement, et, bien que le Bref en question n'ait pas été proclamé publiquement, il doit avoir circulé parmi quelques membres du clergé; car il est bien connu que les moines de l'ordre des Missionnaires, particulièrement dévoués à Rome, refusèrent l'absolution aux soldats polonais pour s'être battus contre l'empereur de Russie. La Gazette officielle de Rome, qui s'était abstenue de toute censure contre l'insurrection polonaise aussi long-temps que la lutte avait duré, éclata, après sa malheureuse issue, en injures les plus grossières contre les patriotes qui y avaient pris part, et à la bravoure desquels leurs adversaires politiques eux-mêmes ont rendu justice. Le pape avait, en effet, de bonnes raisons pour redouter le succès de l'insurrection polonaise, car il y avait déjà en voie de circulation, parmi plusieurs jeunes ecclésiastiques, un plan d'émancipation et de Réforme de l'Église polonaise sur les principes suivants: Séparation complète d'avec Rome, service divin en langue nationale au lieu du latin, permission de mariage au clergé, etc.; la hiérarchie était conservée et le dogme de la transsubstantiation, de même que la confession auriculaire, abandonnés à la conscience de chacun. La persécution de l'Église grecque unie à Rome par le gouvernement russe, et la tendance du gouvernement prussien à germaniser le gouvernement de Posen, ont considérablement fortifié dans ces régions l'attachement du peuple à l'Église catholique, et le progrès de la religion évangélique n'y a plus d'autre chance aujourd'hui que l'établissement très éventuel d'institutions libres.
[197]: «De cette source corrompue de l'indifférentisme, découle cette opinion absurde et erronée ou plutôt cette démence (deliramentum) que la liberté de conscience devrait être maintenue et assurée. La voie est ouverte à cette très pernicieuse erreur, par cette liberté d'opinions sans frein ni limites, qui se répand au loin au grand détriment de la société civile et religieuse, quelques individus prétendant avec la dernière imprudence que la cause de la religion ne peut que gagner à cette indépendance de l'esprit. Mais saint Augustin l'a dit: «Que peut-il y avoir de plus mortel pour l'âme que la liberté d'erreur!» Et, en effet, ôtez à l'homme le frein qui le retient dans le sentier de la vérité, sa nature, portée au mal, tombe dans le précipice toujours ouvert sous ses pas; nous pouvons dire que l'abîme sans fond d'où saint Jean vit s'élever une épaisse fumée et s'élancer les sauterelles qui obscurcirent le soleil avant de dévaster la terre, s'est ouvert de nouveau. De là le désordre des esprits, une plus grande corruption de la jeunesse, un mépris des choses sacrées et des lois les plus saintes, répandu parmi le peuple, en un mot le fléau le plus mortel à la société, ainsi que le prouve l'expérience des âges les plus reculés, où nous voyons les États les plus florissants en gloire, en richesses et en puissance tomber par ce seul germe de destruction—une liberté immodérée d'opinions et de paroles et l'amour de la nouveauté.
»À cet ordre de choses appartient cette liberté funeste, détestable et à jamais exécrable, de la liberté de la librairie, de publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelques individus osent réclamer et soutenir par tous les moyens. Nous sommes terrifiés, vénérables Frères, à la vue des doctrines monstrueuses ou plutôt des erreurs qui menacent de submerger notre Église et qui sont semées en tous lieux au moyen d'une multitude de livres, de pamphlets et de toutes sortes de publications, petits en taille, mais immenses en malice, et dont la malédiction qui en sort s'étend sur toute la terre. Il y a cependant, chose bien pénible à dire! des hommes qui sont arrivés à un tel degré d'impudence, qu'ils soutiennent obstinément que le déluge d'erreurs qui provient de cette source, est suffisamment compensé par un livre, en défense de la vérité de la religion, qui vient apparaître accidentellement au milieu de ce flot de perversité. Il est incontestablement contraire à toutes les idées de justice, de permettre un mal certain parce qu'il y aurait espoir d'en retirer un bien présumable. Maintenant, quel homme de sang-froid dira que les poisons devraient circuler librement, être vendus publiquement et colportés, et même bus, parce qu'il existe un remède qui peut quelquefois sauver de la destruction ceux qui en prennent! La discipline de l'Église, pour détruire les mauvais livres, a été toute différente depuis le temps des apôtres, dont nous lisons qu'ils brûlèrent un grand nombre de livres (Actes 19); il suffit de parcourir les lois qui ont été faites à ce sujet par le cinquième concile de Latran, et par la constitution publiée ensuite par Léon X, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, disant que ce qui avait été créé avec sagesse pour la propagation de la foi et des sciences utiles, ne devait pas être perverti et devenir préjudiciable au salut des fidèles. Ce fut aussi l'objet principal de l'examen des pères du concile de Trente, qui, pour remédier à un pareil mal, publièrent un décret salutaire, ordonnant de mettre à l'index tous les livres qui contiendraient des doctrines impures. Il est nécessaire de combattre vigoureusement, disait Clément XIII, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, dans ses lettres encycliques sur la proscription des livres pernicieux, il est nécessaire de combattre vigoureusement tant que les circonstances l'exigeront, afin de détruire le poison mortel de tant de livres, car l'erreur ne disparaîtra jamais, à moins que les criminels éléments du mal ne soient livrés aux flammes. Il est donc suffisamment évident, d'après la sollicitude constante avec laquelle ce saint siége apostolique s'est efforcé, à travers les âges, de condamner les livres pernicieux et suspects et de les arracher de la main des hommes, combien est fausse, téméraire, injurieuse au siége apostolique, et féconde en maux de toutes sortes pour les chrétiens, la doctrine de ceux qui non-seulement rejettent la censure des livres comme une mesure oppressive, mais sont arrivés même à un tel degré de perversité, qu'ils la représentent comme opposée aux principes d'équité et de justice, et osent refuser à l'Église le droit de l'établir et de l'exercer.»
[198]: Lamennais, qui avait rendu d'immenses services à la cause de Rome par sa plume éloquente, reconnut enfin ses illusions; mais, malheureusement, il tomba dans un autre extrême.
[199]: Tels furent, par exemple, les écrivains politiques allemands bien connus, Haller, Jarcke, Philips, etc.