4. Greffe en fente sur tubercule.—Cette greffe est particulièrement employée pour multiplier les Pivoines en arbre. Dans le courant d'août, on prend un tubercule de Pivoine herbacée, on en coupe le sommet transversalement, on fait une fente sur l'un de ses côtés et l'on y insère un rameau dont on aura taillé en biseau la partie inférieure, puis on plante le tubercule dans un pot, mais de manière que toute la greffe se trouve enterrée. Les pots sont placés sur une couche tiède, et on couvre les greffes d'une cloche qu'il faut ombrager pendant quinze ou vingt jours. Au printemps suivant, on peut mettre chacune de ces greffes en pleine terre.
Fig. 6.—Greffe en placage.
5. Greffe en placage.—On taille en bec de flûte allongé le rameau que l'on veut greffer (voir A, fig. [6]), puis on enlève sur ce sujet une portion d'écorce (voir B, fig. [6]) exactement de la même grandeur que la partie taillée de la greffe; on réunit les deux parties, et l'on fait une ligature. Ces greffes reprennent avec facilité, mais pour cela il faut les étouffer sous cloche.
6. Greffe de la Vigne.—Dans le courant de mars, on coupe le sujet sur le collet de la racine, à environ 0m,08 à 0m,10 en terre, et on laisse sécher la plaie pendant quelques jours; car si l'on greffait aussitôt, la séve monterait avec une telle abondance, qu'il pourrait arriver qu'elle noyât la greffe. On prépare les rameaux comme pour les autres greffes en fente, puis on fait une ou plusieurs entailles, selon la force du sujet, et l'on place les greffes, auxquelles on laisse deux ou trois yeux hors de terre. La greffe et l'extrémité du sujet sont recouvertes ensuite avec de la cire à greffer; quelques personnes se contentent même de comprimer un peu la terre autour de la greffe, en ayant grand soin de ne pas déranger les rameaux.
Dans le midi de la France, on pratique la greffe en fente modifiée de la manière suivante: après avoir déchaussé le cep qui sert de sujet, on le coupe un peu au-dessus du sol, on le fend de part en part, et on y insère latéralement une greffe taillée en lame de couteau vers la moitié de sa longueur, et dont l'extrémité inférieure, entièrement libre, plonge dans le sol de 0m,15 à 0m,20; ce qui sert à alimenter la greffe jusqu'à sa parfaite soudure avec le sujet.
Greffe herbacée.—Cette greffe ne diffère guère de la greffe en fente que par l'époque où on l'exécute. Elle peut être employée pour multiplier presque tous les végétaux encore à l'état herbacé, et particulièrement les arbres résineux et quelques arbrisseaux d'agrément. L'époque de faire cette greffe varie suivant l'état de la saison; ordinairement, le moment le plus favorable est le mois de mai. On coupe l'extrémité du bourgeon au-dessus d'une ou de plusieurs feuilles, qu'il faut avoir soin de ménager, afin d'attirer la séve vers la greffe; puis on fend le sujet d'environ 0m,03 à 0m,06 de longueur, et l'on prépare le rameau comme pour la greffe en fente, en ayant soin de ne pas trop l'amincir. Pour cette opération, il faut se servir d'un instrument bien tranchant et bien affilé, afin de couper bien net. La greffe une fois préparée, on l'introduit dans la fente du sujet, et on l'assujettit avec une ligature de laine. Pour éviter de couper la tête du sujet, on peut procéder d'une autre manière: c'est-à-dire que l'on y fait une incision, comme pour placer un écusson; puis, après avoir taillé le rameau en biseau allongé d'un seul côté, en bec de flûte, on l'introduit entre le bois et l'écorce, et comme toujours, on maintient la greffe avec une ligature, que l'on doit enlever environ un mois après l'opération. Pour assurer le reprise de ses greffes, il est nécessaire de les garantir du soleil et du hâle; ainsi, si l'on opère sur des plantes en pots, il faudra les réunir sous un châssis, que l'on aura soin d'ombrer; et pour celles que l'on fera sur des sujets en pleine terre, on les garantira en les entourant d'un cornet de papier, d'une feuille de vigne, ou de tout autre abri, que l'on pourra enlever dix ou quinze jours après l'opération. Cette greffe peut aussi s'appliquer à la multiplication des plantes tuberculeuses; c'est ainsi qu'au printemps on greffe les jeunes pousses des variétés de Dahlias les plus belles sur des tubercules de variétés inférieures. On prend pour cela un tubercule, on en coupe le sommet horizontalement, et on le fend sur l'un des côtés, puis on fait choix d'un rameau qui ne soit pas encore creux, ce qui arrive lorsqu'ils sont déjà forts, et l'on en taille la partie inférieure en biseau peu aigu, en ayant soin d'enlever seulement l'épiderme; puis on l'insinue dans la fente du tubercule, que l'on plante dans un pot, de telle sorte que toute la greffe se trouve enterrée. On place les pots sur une couche tiède, et on les couvre d'une cloche, qu'il faut avoir soin d'ombrager plusieurs jours.
On pratique aussi la greffe herbacée sur la Vigne.
Cette opération doit avoir lieu, en mai ou juin, sur des bourgeons de 0m,20 ou 0m,25 de longueur. Elle ne diffère en rien de la greffe en fente ordinaire; seulement, il faut, après avoir enveloppé la greffe avec de la laine ou avec de la cire, l'introduire dans une bouteille à large col (bouteille à conserves), qu'on fixe à un tuteur ou à tout autre support, et boucher l'ouverture avec de la mousse fraîche.