Rien! Pas l'ombre de «Poulet Froid»! Sefietje courut à la chambre des machines; Bruun devait déjà s'y trouver, pour mettre ses chaudières sous pression. Pas plus de Bruun que de «Poulet Froid». Elle ouvrit la porte de fer du fourneau. Le feu était éteint, noir, et la chaudière n'avait qu'un faible sifflement, telle une chose qui est en train de rendre l'âme. Alors Sefietje fut prise d'épouvante. Elle retourna en courant à la maison, d'une voix entrecoupée y raconta ses aventures à Eleken, qui venait de descendre, puis elle se laissa tomber sur une chaise, les yeux hagards et les mains jointes, à bout de forces. La deuxième servante, avec de sourdes exclamations, se mit aussitôt à courir de-ci de-là d'un air effaré.
A six heures, au moment où la besogne quotidienne aurait dû commencer, la fabrique gardait un silence de tombe. Sefietje n'osait même plus y aller voir; on eût dit qu'il y allait de sa vie. Mais elle dépêcha Eleken vers la «fosse aux femmes». Au bout de trois minutes, celle-ci revint avec la nouvelle consternante que ni dans la «fosse aux femmes», ni dans la «fosse aux huiliers», ni nulle part dans toute la fabrique, il n'y avait âme qui vive.
—C'est la grève, soupira Sefietje d'une voix blanche.
A six heures et demie, son heure habituelle, M. de Beule descendit.
Avant d'avoir quitté sa chambre, il avait été frappé par le silence
insolite qui régnait dans la fabrique et, tout de suite, il demanda à
Sefietje:
—D'où vient que ça ne tourne pas?
—Monsieur, dit Sefietje, hoquetante, la respiration coupée, il n'y a personne à la fabrique!
—Comment ça! s'écria M. de Beule.
Et il se précipita dans le jardin. Sefietje courut en toute hâte à l'étage pour avertir Mme de Beule et M. Triphon. Ils descendaient au moment même où M. de Beule, fou de rage, revenait de la fabrique.
—Veux-tu savoir maintenant ce qu'il en est de ces voyous?… hurla-t-il du plus loin qu'il vit sa femme.
Mme de Beule ne devait rien savoir. Elle n'en savait que trop. Mains jointes, elle soupira: