—Celle-là n'a pas à revenir … Je ne veux plus la voir à la fabrique! cria M. de Beule en un accès de colère subite.
Pendant le déjeuner on tint conseil sur l'attitude à prendre.
—Il faudrait d'abord y aller voir, opina M. Triphon.
M. de Beule eut un geste d'impatience. Il persistait hargneusement à ne pas vouloir adresser la parole à son fils. Se tournant vers sa femme il dit:
—Si j'y vais, je les flanquerai tous dehors à coups de pied. Il vaudrait peut-être mieux que tu….
—J'irai, j'irai! s'empressa d'approuver Mme de Beule.
—Mais dis-leur surtout, insista M. de Beule, reprenant du coup tout son aplomb, que s'ils recommencent jamais ou si j'ai à me plaindre d'eux le moindrement à l'avenir, c'est la porte, immédiatement.
Mme de Beule ne dit mot. Elle se hâta de finir son déjeuner et, se levant:
—Est-ce que tu m'accompagnes? demanda-t-elle, hésitante, à son fils.
Elle craignait que son mari ne s'y opposât: mais il ne dit rien. Bien que M. Triphon n'existât plus pour lui, il ne trouvait pas mauvais qu'il se chargeât à sa place de cette corvée. La mère et le fils quittèrent la salle à manger et gagnèrent le jardin en fleurs. La matinée d'été était merveilleuse. L'herbe se couvrait comme d'un transparent argenté et l'air semblait une chose qu'on pouvait boire, une source pure qui vous revivifiait tout entier. Les grands arbres achevaient leur calme rêve de la nuit. Leurs cimes vaporeuses fumaient, à peine traversées par les flèches d'or du soleil levant. On croyait humer du bonheur.