Berzeel, qui pendant deux dimanches consécutifs ne s'était ni saoulé ni battu, se précipita comme un fou furieux sur son frère.

—Canaille, qui nous fous dans le malheur! hurla-t-il.

Pierken évita le coup et Fikandouss, qui s'était élancé à son secours, sauta à la gorge de Berzeel avec une violence inouïe et le terrassa. D'une main il le tenait empoigné par la peau du cou, de l'autre il lui martelait la figure à coups de poing. Berzeel, surpris par la brusquerie de l'attaque et incapable de se défendre, râlait. Komèl se précipita à son secours, tapant à tour de bras avec sa barre de fer sur le dos de Fikandouss. Et la bataille devenait générale, quand tout à coup la queue de Muche pointa à courte distance, suivi presque immédiatement de son maître. D'une secousse, M. de Beule s'arrêta, comme cloué au sol, puis il bondit vers Justin et Komèl et hurla:

—Qu'est-ce que vous avez à vous battre ici, tous deux, sacré nom de!…

Comme par enchantement, la rixe cessa.

—C'est la faute de Pier, m'sieu! glapit Justin, les yeux flamboyants.

—Je vous défends de venir à la fabrique quand vous n'y avez rien à faire! «partit» furieusement M. de Beule.

—Mais m'sieu! protesta Justin avec véhémence.

—Foutez le camp! beugla M. de Beule sans vouloir rien entendre. Foutez le camp ou je fais appeler les gendarmes!

D'un mouvement brusque, Justin fit demi-tour. Outré, dégoûté, de rage les bras battant l'air, comme une image de l'innocence injustement persécutée, il déguerpit, suivi de Komèl, qui grognait comme un ours noir. Muche aboyait à leurs trousses et M. de Beule les suivait à pas pressés et colères, pour les chasser plus vite. Frémissantes de peur, les femmes s'étaient hâtées de rentrer dans leur «fosse» et les hommes s'empressèrent d'en faire autant, sentant très bien que toute cette fureur exagérée était dirigée contre eux plutôt que contre le forgeron et son aide.