Les autres ne dirent plus rien, renfermés dans leur silence vindicatif.
Les pilons rebondissaient et tonnaient.
L'après-midi, au repos de quatre heures, Pierken et Fikandouss allèrent se mettre à l'écart des autres. Pierken sortit son petit journal de sa poche et en lut un passage à mi-voix, pour Fikandouss. C'était un article sur l'échec de la grève. On y tançait la population ouvrière rurale, esclave de la boisson, qui avait perdu tout sentiment de dignité, et assez abjecte pour troquer ses droits les plus sacrés contre un verre d'alcool. Heureusement il existait encore quelques hommes parmi ce vil troupeau; et l'on citait par leur nom Pierken et Fikandouss, et on les offrait en exemple comme les futurs sauveurs de leurs frères dégénérés et malheureux. Fikandouss était tout oreille, approuvait de la tête. Oui, oui, c'était bien ça, exactement comme c'était imprimé dans le petit journal.
Voilà que s'avançait Justin-la-Craque, suivi de son aide Komèl, qui portait une barre de fer. Dès qu'il aperçut Pierken il vint à lui en jubilant:
—Eh bien! Qu'est-ce que tu en dis? Est-ce que je n'ai pas bien arrangé ça?
Pierken lui jeta un coup d'oeil glacial et ne dit mot.
—Quoi? Tu n'es pas content? insista Justin.
—Je dis …, répondit enfin Pierken avec un regard coupant, je dis que tu es un foutu ivrogne et une sale crapule.
—Hein! glapit Justin, les poings serrés.
—Que tu es un ivrogne et une crapule, répéta froidement Pierken.
—Berzeel! Leo! Free! vous avez entendu ça! hurla Justin hors de lui.