Ce fut le troisième jour seulement que Pierken et Fikandouss revinrent à la fabrique. Victorine ne reparut pas. Ollewaert, furieux et brouillé à mort avec sa fille, l'avait chassée de la maison. Elle s'était réfugiée chez des voisins et travaillait à faire de la dentelle.

Les deux hommes avaient la mine sombre et renfrognée. Pierken dit bonjour aux camarades, sans plus; puis, de toute la journée, ne desserra pas les dents. Fikandouss ne dit même pas bonjour. Les autres aussi, d'ailleurs, demeuraient silencieux. Le tonnerre des pilons avait seul la parole.

A dix heures, lorsque Sefietje parut avec la bouteille, Pierken refusa sa goutte. Les autres le regardaient, stupéfaits. Quoi! Pas même un seul petit verre! « Non, pas même un», répondit Pierken, buté. Chez Fikandouss, même jeu. D'un geste décisif, il écarta la bouteille.

—Est-ce qu'on peut les boire, vos gouttes? demanda Ollewaert en retournant dans la bouche son énorme chique.

—Non! répondit Pierken d'un ton cassant et net.

Et Fikandouss répéta comme un écho:

—Non!

Les autres les regardaient de travers. L'irritation était vive surtout chez Berzeel et Leo.

—Mais, nom de nom, qui en profite alors! grogna Berzeel en toisant son frère avec indignation.

—Vous tous, qui êtes déjà assez abrutis par l'alcool, répondit Pierken d'un ton acerbe.