Il crut de son devoir de se fâcher encore; le coup de poing qu'il asséna sur la table fit sursauter les femmes avec un cri d'effroi, et, en matière de conclusion, il proclama:
—Ce n'est vraiment pas à moi à me gêner pour mes ouvriers! Si ça ne leur plaît plus, ils n'ont qu'à s'en aller! Ce n'est pas moi qui me serrerai le ventre!
—Vous avez bien raison, monsieur; vous avez bien raison! répétait d'un ton triste et sourd le choeur des femmes.
Et elles s'en allèrent comme un troupeau apeuré, après avoir humblement remercié M. et Mme de Beule pour leur grande miséricorde et leur généreuse bonté.
Le lendemain, la machine à vapeur se remettait à tourner et les six pilons rebondissaient avec leur vacarme assourdissant, comme si rien ne s'était passé.
V
L'hiver fut marqué par deux événements d'importance à la fabrique. Le premier regardait Poeteken «l'huilier», le deuxième, M. Triphon.
Ce chétif, ce silencieux Poeteken, qui avait la réputation de courtiser «La Blanche», mais vraiment semblait par trop timide et insignifiant pour être pris au sérieux, s'il s'agissait des femmes et de l'amour; ce Poeteken nul, infime, inapte et incapable, avait tout de même, en fin de compte, fait oeuvre d'homme. Un soir, lorsque Sefietje vint faire sa ronde habituelle avec la bouteille, elle trouva la «fosse aux femmes» en proie à la consternation la plus profonde et «La Blanche» pleurant à chaudes larmes.
—Qu'y a-t-il? s'écria Sefietje interdite.
Aucune ne parut empressée de répondre. La vieille Natse en pleurant leva les bras au ciel, comme pour dire que, cette fois-ci, c'était la fin de tout. Lotje, Sidonie et Victorine restaient muettes, les joues brûlantes, la tête penchée sur leur ouvrage; seule, Mietje Compostello déclara de sa voix profonde et caverneuse que le monde était bien perverti et qu'on ne pouvait plus avoir confiance en personne. Enfin, l'une d'elles avoua: Poeteken, l'infâme hypocrite, que toutes croyaient l'innocence même, avait séduit «La Blanche» et «La Blanche» allait avoir un gosse.