—Oui, un peu.
Il prit sur une étagère le volume qu'il avait commencé. Cela avait pour titre: Le Secret de l'Enfant trouvé. Il lut, machinalement, l'esprit ailleurs. «Ils ne savent rien encore», pensa-t-il, «mais demain, ou après-demain, ils sauront tout; et alors….» Un regard de sa mère le replongea dans le livre; il lut:
/* Raoul s'empressa de courir au rendez-vous. Comme il arrivait dans la clairière, le garde-chasse, dissimulé derrière le tronc d'un chêne séculaire, parut et s'avança mystérieusement vers lui. Raoul fronça les sourcils et prit un air hautain. Il n'aimait pas ce manant aux allures sournoises et cauteleuses. Il se méfiait de lui. Toutefois, présumant qu'il pourrait avoir besoin de ses services, il fouilla dans sa poche et y prit sa bourse, prêt à la lui jeter avec dédain. Le rustre ôta sa casquette galonnée et, saluant très bas, il dit:
—Je suis chargé d'une missive pour M. le vicomte.
—Ah! fit Raoul sur un ton glacial. */
M. Triphon leva les yeux d'un air ennuyé. Ce roman, quel intérêt ça pouvait-il avoir? Son roman à lui, roman vécu, était autrement empoignant et tragique! M. de Beule tout doucement s'était remis à ronfler, avec un ronflement plus fort de temps en temps, qui le réveillait; sa femme commençait à dodeliner de la tête, en exhalant parfois un profond soupir. M. Triphon en avait assez. Il ferma son livre et se leva.
—Tu vas te coucher? demanda Mme de Beule d'une voix pâteuse.
—Oui, maman.
—Nous montons aussi? proposa-t-elle à son mari qui somnolait.
Il ramassa son journal et grommela quelque chose qui semblait être une réponse affirmative.