Si ton heur tu cognoissois,
Qu'heureuse, Puce, serois,
De voir à l'envi ta vie
Par deux braves mains cherie!

Que si l'on marque les tours
Que tu brasses tous les jours,
Et ta petite pointure,
Seul moien de ta pasture,

Soudain l'on sent dans ses os
Une flamme, ains un Chaos,
On sent son ame envahie
D'envieuse jalousie,

Voyant, Puce, que tu peus
En mille beaus petits lieux,
Bannis de nostre lumiere,
Seule t'y donner carriere,

Qu'à toy il loist seulement,
S'il te plaist, impunement
Prendre folle ton adresse
Dans le sein de ma maistresse,

O que tu as de beaus traicts
De plaisir dont tu te pais,
Et dont se diversifie
Le doux apas de ta vie,

Car, s'il te vient à propos,
Tu vas prendre ton repos,
Ainçois te mets en dommage
Dessus son tendre visage.

Là tu piques son œil rond,
Voltiges sur son beau front,
Sur ses levres tu te poses,
Pareilles aux belles roses;

Ou, s'il te vient à desir,
Tu vas tes esbas choisir
Dessus sa gorge albastrine
Ou sur sa large poictrine.

De là tu viens suçoter
Deux tetons pour t'alaicter,
Et là, petite friande,
Se trouve aussi ta viande.