Pourquoy vostre chanson sacree,
Qui aux Rois et aux Dieux agree,
Sonne tant le loz d'Arion?
Pourquoy vantez-vous le miracle
De l'Ogygien habitacle
Basti par la voix d'Amphion?

Et toy, Pasquier, qui par tes carmes
Coulans de Permesse nous charmes,
Arrosez du Nectar des Dieux,
Pourquoy d'une docte faconde
Vas tu chantant à tout le monde
Saphon l'honneur des siecles vieux?

Hé! pourquoy dis-tu que sa grace
Toutes autres dames surpasse
En beauté, vertu et sçavoir:
Puis qu'en cette belle Rochette,
Ainçois cette belle Rosette,
Le Ciel ses tresors nous fait veoir?

Cette Claniene Naiade,
Cette montaignere Oreade
En sagesse, en grace, en beauté,
En vertus, en mœurs, en doctrine
Surpasse la troupe plus digne
Du mont des neuf sœurs frequenté.

Ha! mon Dieu! le teint de sa joüe
Et la tresse d'or qui se joüe
Sur son sein en flots ondoyans,
Et ses yeux deux flames jumelles,
Me font prendre dans leurs cordelles,
Et ardre en leurs rais flamboyans.

Voy ses cheveux que l'Arabie,
Ny le baume de l'Assyrie,
N'egalent en bonnes odeurs;
Cheveux dont Venus la doree
Voudroit sa teste estre honoree,
Et non des primeraines fleurs.

O beaux filets d'or de Minerve,
Mon ame se plaist d'estre serve
De vos nœuds mignardement tors:
Il luy plaist bien d'estre contrainte
Par vous d'une si douce estrainte
Quittant la prison de son corps.

Sur tout la neige blanchissante
Sur son front bien poly m'enchante,
Et ce beau pourpre Tyrien
Qui fait vermeiller son visage,
Et ce double flambeau volage
Du petit Dieu Cytherien.

Or si ces deux levres vermeilles,
Plus douces que n'est des abeilles
Le miel, et le thim Hyblean,
Me permettoient un baiser prendre
Plus sucré que la rose tendre
Qui croist au champ Pestanean,

Incontinant je rendroy l'ame
Dedans le beau sein de Madame,
Et par l'air de ce baiser pris,
Pasmé sur sa levre jumelle,
Nous ferions, moy et ma rebelle,
Un doux change de nos esprits.