Mais que diray-je de la Grace
Du reste de sa belle face,
Et de son fourchelu menton
Resemblant une poire franche
Qui va meurissant sur la branche
Sous l'abry d'un jeune bouton?

Ce beau col de marbre, où Zephire
Entre mille rameaux soupire,
Un sang chaudement amoureux,
Par une volontaire force
Desrobe mon cueur, et l'amorce
Sous l'apast d'un mal doucereux,

Et fait que je porte une envie,
O Puce, au bon heur de ta vie,
Mais non plus Puce, à mon advis,
Ains Amour, qui par fine astuce
Dessous le teint noir d'une Puce
N'agueres admirer te fis,

Quand d'une subtile cautelle
Tu vins au sein de la Pucelle,
Qui d'un ingenieux conseil
Te permit d'y faire retraite,
Afin que ta couleur noirette
Donnast lustre à son blanc vermeil.

Et par cette blanche campaigne,
Où poingt une double montaigne
D'Agathe blanchement douillet,
Folastrement tu te promenes
Entre les beautez sur humaines
De ce sein blanc et vermeillet.

Ore d'un plein saut tu te jettes
Sous les amoureuses cachettes
De ses esselles mignotant,
Et entre mille fleurs escloses
Tu flaires ces boutons de roses
Que tu mordilles sucçottant.

Puis d'une mignarde secousse
Ce lait qu'un Zephire entrepousse
Tu humes à longs traits goulus.
O Puce, que tu fus heureuse
Lors que d'un tel bien desireuse
Loger en ce sein tu voulus!

Ha Dieux! un enfant de sa mere
Ne peut avoir chose plus chere
Que le lait de ses deux tetins.
Jamais Venus dedans Gargaphe
N'en fit plus au mutin de Paphe
En ses tendres mois enfantins.

Mais puis que d'une pudeur vierge,
De ses chastes beautez concierge,
La robe ne doit à nos yeux
Permettre de voir, ny qu'on sache
Ce que jalouse elle nous cache,
Compaigne du bon heur des Dieux,

Il ne faut, Pasquier, que la plume
Represente dans ce volume
Ce que l'habit ne laisse hors:
Car la mesme pudeur honneste
Doit voiler le front du Poete
Comme l'habit couvre le cors.