Petite Puce, ta fortune
Surpasse celle des oyseaux,
Des troupeaux nageans de Neptune
Et des terrestres animaux,
Pour avoir eu des Cieux la grace
De te loger en si beau lieu,
En ce sein le temple d'un Dieu,
Ce sein qui tous les seins surpasse.

As-tu bien peu sans te brusler
Fureter entre ses mamelles?
As-tu bien osé te couler
Dessus ces deux fraises jumelles
Qui, comme charbons allumez,
Pourroient soudain reduire en cendre
La main qui voudroit entreprendre
De taster ses doux bouts aymez?

As tu bien esté si osée
De te pendre à ses beaux cheveux,
Sans t'y prendre et estre enlacée
De mille las, de mille neus?
Veu que le plus brave courage,
S'il veut tant soit peu s'hazarder
De les vouloir bien regarder,
S'empestre en un si beau cordage?

As-tu approché de ses yeux,
Dedans lesquels amour se jouë,
Et dont il emprunte ses feux?
As tu peu baiser ceste joue,
Sans sentir une vive ardeur
Approchant ses flammes cruelles,
Qui de leurs vives estincelles
Consument le plus brave cœur?

Ha vrayment tu es amoureuse,
Car toujours tu cherches les lieux
Que cache la vierge honteuse,
Et qu'elle ne monstre à nos yeux.
Tu as ce bon heur que de boire
Du sang de ces membres polis,
De ce ventre plus blanc que lis,
De ces cuisses et flancs d'ivoire.

Tu as cet heur que de nicher
Sous les replis de sa chemise;
Quand tu veux, tu te viens coucher
Dessus elle en toute franchise.
Las! que d'hommes souhaiteroient
De ces faveurs la plus petite:
Mais tel bien passe leur merite,
Car par là Dieux ils deviendroient.

Puce, je me pers quand je pense
A tes plaisirs, à tes esbas,
Lors que doucement tu offense
Cette Nymphe or' haut, ore bas.
Je conçoi telle jalousie
Quand je pense à la privauté
Que tu as à ceste beauté
Que je reste quasi sans vie.

Puce, je sens un petit feu
S'eprandre au dedans de mon ame,
Qui tousjours croissant peu à peu,
En fin me mettra tout en flamme,
Par l'erreur de ce souvenir
Qui m'a si fort l'ame offensee,
Que je n'ay plus d'autre pensee
Que vouloir Puce devenir.

Mais ay-je bien la hardiesse
De vouloir seulement songer
De voir à nu telle Deesse,
Qui encor pourroit bien changer
Ma forme en celle d'une pierre,
Tout ainsi que Meduse fit
Au pauvre Phiné qui la vit,
Eschangeant les noces en guerre.

Un party si avantageux
N'est pour creature mortelle,
Il appartient sans plus aux Dieux
De jouyr de chose si belle.
Anchise baisa bien Venus,
Mais aussi tost la repentance
Talonna de pres son offense,
Quand il se vit estre perclus.