Puce, tu as cet avantage
Que l'homme ne sçauroit avoir,
De jouyr de ce beau corsage
Et le regarder nu au soir:
Puis, lors que plus elle sommeille
Estendue dedans son lit,
La pinçotant un bien petit,
Tout doucement tu la reveille.

Sous le silence de la nuit,
Lors que reposent toutes choses
Et que l'on n'entend aucun bruit,
Tu tastes ses lis et ses roses.
Puis, te coulant d'un pas larron
Sur sa poitrine et sur ses cuisses,
Enyvrée de ces delices,
Tu t'endors dedans son giron.

Et puis, quand l'Aurore vermeille
Encourtine le Ciel de feux,
Et que cette Nymphe s'eveille,
Tu ne pers pour cela tes jeux.
Mais si l'obscurité nuitale
A esté propre à tes desirs,
Le jour tu sens mesmes plaisirs
Et une volupté egale.

Pleut à Dieu que j'eusse la voix
Assez forte pour entreprendre
De te chanter, je ne craindrois
Apres tant d'autres faire entendre
Quel est ton plaisir et ton bien,
Quelles les douceurs de ta vie,
Qui font que je te porte enuie,
Pour n'avoir tel heur que le tien.

Mais aurois-je bien telle audace,
Serois-je bien si mal appris,
De vouloir imiter la grace
Des vers de ces braves espris,
Lesquels par leur muse divine
Et par leurs vers plus doux que miel
T'ont eslevée jusqu'au Ciel,
Pour t'y faire luire un beau signe?

Serois-ie bien tant hors du sens,
Serois-je bien si temeraire,
De vouloir par mes rudes chants
Les belles chansons contrefaire,
Que tant de chantres plus qu'humains
Ont à qui mieux mieux fait rebruire
Dessus une plus douce lyre
Que celle des sonneurs Thebains?

Qui oseroit suivre les traces
Du grand Brisson, en qui les Cieux
Ont respandu toutes leurs graces
Jusqu'à rendre jaloux les Dieux?
Et toy, belle et docte pucelle
Qui estonnes tout l'univers,
Qui oseroit suivre les vers
Que nous trace ta main si belle?

Oserois-je suivre les pas
D'un Pasquier, honneur de la France?
Oserois-je d'un stile bas
Imiter la grave cadance
Des doctes chansons de Chopin,
De Loysel, honneur de nostre âge,
Qui a les Muses en partage,
Et du Sainte Marthe divin?

O Puce, que tu es heureuse
Si tu pouvais sentir ton heur!
Que tu dois estre glorieuse
D'avoir L'escale pour sonneur,
Et mon Binet, ausquels la Muse
A donné ses riches presens,
Qui vaincront l'envie et les ans,
Et le temps qui toute chose use.

Je ne suis pas si glorieux
Ni outre cuidé, que je tente
Imiter les vers doucereux
Que Mangot si doctement chante.
Je laisse à un meilleur que moy,
Comme à ce gentil Lacoudraye,
Dire d'une chanson plus gaye
L'heur de ta maistresse et de toy.