Le petit monde, qui comprend
Toutes les parties du grand,
De qui prend-il son origine?
D'un excrement surabondant
Petit à petit s'amassant,
Semblable à l'escume marine.

Il ne te faut doncques blâmer,
Il ne faut pas te diffamer,
Ores que tu sois engendrée
De quelques sales excremens:
Petis sont les commencemens
De l'œuvre bien elabourée.

Mais plustost loüer je te veux,
Et l'on devroit estre envieux
De ta naissance si soudaine,
Veu que les autres animaux,
Presageant leurs futurs travaux,
Naissent avecques si grand peine.

De peur que par un mouvement
En un si long retardement
Leur matiere soit difformée,
Dans le ventre d'un vaisseau neuf
Ou dans la coquille d'un œuf
Elle a besoin d'estre enfermée.

Toy, te hastant de veoir le jour,
Tu ne veux faire long sejour
Dedans ta bourbeuse matiere:
Aussi t'est aisément acquis,
Puce, tout ce qui est requis
A te faire veoir la lumiere.

Sans plus, du Soleil la chaleur
Et de la terre la moiteur
Sont requises à ta naissance,
Aussi la nature se plaist
A ramener sans autre apprest
En effect soudain ta puissance.

Pour ton espece conserver,
Tu n'as la peine de couver
Mille petits œufs sous ton ventre:
Et si n'es sujette à la loy
Des autres bestes, car en toy
La semence du masle n'entre.

Comme sans l'aide de Cypris
Ton premier estre tu as pris,
Tu te peux bien passer encore
(Sans faire hommage à cet enfant
Qui des hommes va triomfant)
De celle qu'en Paphe on adore.

Heureuse puis que le flambeau
Qui brule mesme dedans l'eau
N'attrape ta petite masse;
Puis que le froid, qui sans repos
Nous va penetrant jusqu'aux os,
Ta chair tendrelette ne glace.

Il est bien vray qu'un autre yver,
Qu'une grande froideur de l'air,
Esteint la chaleur qui t'avie;
Mais ce n'est à toy seulement
Que la froideur d'un element
Si penetrant ravit la vie.