Le chaud de nature est amy,
Mais le froid est son ennemy,
Contraire à toute bonne chose,
Aux herbes ostant la vigueur,
Aux bois ravissant leur honneur,
Et reserrant la fleur esclose.
O Puce, qu'heureuse tu es
De naistre ainsi comme tu nais!
Mais encor es tu plus heureuse
De vivre ainsi comme tu vis,
Sucçant le sang dont tu nourris
Ta petite ame vigoureuse.
T'accrochant sur un marbre blanc,
Tu en fais decouler le sang
Dont tes levres sont enyvrées,
Ou bien tu baises quand tu veux
La bouche, le nez et les yeux
Des pucelettes empourprées.
Tu mors et remors le beau sein,
Les blanches mains et le tetin
De la pucelle qui s'amuse
A filer, coudre ou s'attifer;
Et quand sa main te veut gripper
Soudain tu descouvres sa ruse.
Ja desja preste à t'escacher,
Elle te roule sur sa chair,
Mais si bien tu sçais te deffendre,
Que d'un tremoussement divers
Dans sa chemise tu te perds,
Où tu n'es pas facile à prendre.
SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.
Si d'un vers mal-coulant j'ose ennuyer vos yeux
Et vous faire present de chose si petite,
Je prie que vostre œil contre moy ne s'irrite,
Et supplie vos doits de m'estre gracieux.
Madame, un jour viendra que ma main sçaura mieux
Coucher sur le papier la loüange non dite,
Que vostre noble esprit sur tout autre merite,
Quand m'auront esclairé vos Soleils gracieux.