... des Indiens qui se dirigeaient vers le rivage.

Ils revinrent à l’habitation en toute hâte et dans l’épouvante donner l’alarme à leurs compagnons: on se tint clos tout ce jour-là et le jour suivant, ne sortant que de nuit pour aller en observation. Mais ils eurent le bonheur de s’être trompés dans leur appréhension; car, quel que fût le but des sauvages, ils ne débarquèrent pas cette fois-là dans l’île, mais poursuivirent quelque autre projet.

Il s’éleva à cette époque une nouvelle querelle avec les trois Anglais. Un de ces derniers, le plus turbulent, furieux contre un des trois esclaves qu’ils avaient faits prisonniers, parce qu’il n’exécutait pas exactement quelque chose qu’il lui avait ordonné et se montrait peu docile à ses instructions, tira de son ceinturon la hachette qu’il portait à son côté, et s’élança sur le pauvre sauvage, non pour le corriger, mais pour le tuer. Un des Espagnols, qui était près de là, le voyant porter à ce malheureux, à dessein de lui fendre la tête, un rude coup de hachette qui entra fort avant dans l’épaule, crut que la pauvre créature avait le bras coupé; il courut à lui, et, le suppliant de ne pas tuer ce malheureux, se jeta entre lui et le sauvage pour prévenir le crime.

Il se jeta entre lui et le sauvage...

Ce coquin, devenu plus furieux encore, leva sa hachette contre l’Espagnol et jura qu’il le traiterait comme il avait voulu traiter le sauvage. L’Espagnol, voyant venir le coup, l’évita, et avec une pelle qu’il tenait à la main,—car il travaillait en ce moment au champ de blé,—étendit par terre ce forcené; un autre Anglais, accourant au secours de son camarade, renversa d’un coup l’Espagnol; puis, deux Espagnols vinrent à l’aide de leur compatriote, et le troisième Anglais tomba sur eux. Aucun n’avait d’arme à feu; ils n’avaient que des hachettes et d’autres outils, à l’exception du troisième Anglais. Celui-ci était armé de l’un de mes vieux coutelas rouillés, avec lequel il s’élança sur les derniers arrivants et les blessa tous deux. Cette bagarre mit toute la famille en rumeur; du renfort arriva, et les trois Anglais furent faits prisonniers. Il s’agit alors de savoir ce que l’on ferait d’eux. Ils s’étaient montrés si souvent mutins, si terribles, si paresseux, qu’on ne savait trop quelle mesure prendre à leur égard; car ces quelques hommes, dangereux au plus haut degré, ne valaient pas le mal qu’ils donnaient. En un mot, il n’y avait pas de sécurité à vivre avec eux.

L’Espagnol qui était gouverneur leur dit en propres termes que s’ils étaient ses compatriotes, il les ferait pendre, car toutes les lois et tous les gouvernants sont institués pour la conservation de la société, et ceux qui sont nuisibles à la société doivent être repoussés de son sein; mais que, comme ils étaient Anglais, et que c’était à la généreuse humanité d’un Anglais qu’ils devaient tous leur vie et leur délivrance, il les traiterait avec toute la douceur possible, et les abandonnerait au jugement des deux autres Anglais leurs compatriotes.