Ils n’avaient pas fait beaucoup de chemin quand, du haut d’un monticule, ils aperçurent la petite armée de leurs ennemis s’avancer directement vers leur habitation, et un moment après ils virent leurs huttes et leurs meubles dévorés par les flammes, à leur grande douleur et à leur grande mortification: c’était pour eux une perte cruelle, une perte irréparable au moins pour quelque temps. Ils conservèrent un moment la même position, jusqu’à ce que les sauvages se répandirent sur toute la place comme des bêtes féroces, fouillant partout à la recherche de leur proie, et en particulier des habitants, dont on voyait clairement qu’ils connaissaient l’existence.
Ils virent leurs huttes et leurs meubles dévorés par les flammes...
Les deux Anglais, voyant cela et ne se croyant pas en sûreté où ils se trouvaient, car il était probable que quelques-uns de ces barbares viendraient de ce côté, et y viendraient supérieurs en forces, jugèrent convenable de se retirer à un demi-mille plus loin, persuadés, comme cela eut lieu en effet, que plus l’ennemi rôderait, plus il se disséminerait.
Leur seconde halte se fit à l’entrée d’un fourré épais où se trouvait un vieux tronc d’arbre creux et excessivement grand: ce fut dans cet arbre que tous deux prirent position, résolus à attendre l’événement.
Il y avait peu de temps qu’ils étaient là, quand deux sauvages accoururent de ce côté, comme s’ils les eussent découverts et vinssent pour les attaquer. Un peu plus loin ils en virent trois autres, et plus loin encore cinq autres, tous s’avançant dans la même direction; en outre ils en virent à une certaine distance sept ou huit qui couraient d’un autre côté; car ils se répandaient sur tous les points, comme des chasseurs qui battent un bois en quête du gibier.
Les pauvres gens furent alors dans une grande perplexité, ne sachant s’ils devaient rester et garder leur poste ou s’enfuir; mais après une courte délibération, considérant que si les sauvages parcouraient ainsi le pays, ils pourraient peut-être, avant l’arrivée du secours, découvrir leur retraite dans les bois, et qu’alors tout serait perdu, ils résolurent de les attendre là et, s’ils étaient trop nombreux, de monter au sommet de l’arbre, d’où ils ne doutaient pas qu’excepté contre le feu, ils ne se défendissent tant que leurs munitions dureraient, quand bien même tous les sauvages, débarqués au nombre d’environ cinquante, viendraient à les attaquer.
Ayant pris cette détermination, ils se demandèrent s’ils feraient feu sur les deux premiers, ou s’ils attendraient les trois et tireraient sur ce groupe intermédiaire: tactique au moyen de laquelle les deux et les cinq qui suivaient seraient séparés. Enfin ils résolurent de laisser passer les deux premiers, à moins qu’ils ne les découvrissent dans leur refuge et qu’ils ne vinssent les attaquer. Ces deux sauvages les confirmèrent dans cette résolution en se détournant un peu vers une autre partie du bois; mais les trois et les cinq, marchant sur leur piste, vinrent directement à l’arbre comme s’ils eussent su que les Anglais y étaient.