Robinson, c’est aussi le fortifiant exemple de l’homme en proie aux désespoirs d’un complet isolement, aux prises avec les dangers et les âpretés de la nature, et qui puise dans sa force d’âme, dans son intelligence, dans son courage, les moyens de vaincre les défaillances inspirées par les angoisses de la plus lamentable existence, de dompter les difficultés sans nombre de sa condition affreuse, de se procurer enfin, par le travail acharné, des aliments et un pauvre bien-être que le prix dont il les paye, en sueurs et en efforts incessants, lui fait trouver savoureux et parfaits.
Et tel il se montre dans son île, tel de Foë a cru bon de le montrer dans ses autres voyages si curieux, et bien à tort abrégés et modifiés par des traducteurs infidèles.
Pétrus Borel, l’auteur de la présente traduction, loyale et complète, nous le répétons, appartenait à cette école de 1830, qui avait pour les textes originaux un respect sans bornes et se complaisait à les restituer tels qu’ils furent primitivement publiés, et l’applaudissement général de notre époque, où cette honnête et excellente méthode est maintenant suivie, aurait dû être, de leur temps, leur récompense.
Mais, alors, les critiques ne leur furent pas épargnées. On préférait encore les versions écourtées, sans couleur et sans originalité, où le traducteur se substituait hardiment à l’auteur, sans penser qu’il pouvait le compromettre peut-être pour jamais.
La belle et bonne traduction de Robinson, par Pétrus Borel, exception rare, eut cependant, même à l’époque où elle parut, un succès très vif, et vif à ce point qu’elle est devenue introuvable.
La nouvelle édition, publiée avec de saisissantes gravures, et tout le luxe moderne, donnera pleine satisfaction au public, qui veut enfin le vrai Robinson, la traduction, in extenso, de ce récit fameux resté inimitable, bien qu’il ait été incroyablement imité depuis 1719, année de sa mise au jour.