Il était en vain d'essayer de le consoler; la blessure était trop profonde; c'est un coup qui avait percé les entrailles; il devint mélancolique et inconsolable, et de là tomba dans la léthargie et mourut. Je prévis le coup et fus extrêmement oppressée dans mon esprit, car je voyais évidemment que s'il mourait j'étais perdue.

J'avais eu deux enfants de lui, point plus, car il commençait maintenant à être temps pour moi de cesser d'avoir des enfants; car j'avais maintenant quarante-huit ans et je pense que, s'il avait vécu, je n'en aurais pas eu d'autres.

J'étais maintenant abandonnée dans un morne et inconsolable cas, en vérité, et en plusieurs choses le pire de tous. D'abord c'était fini de mon temps florissant où je pouvais espérer d'être courtisée comme maîtresse; cette agréable partie avait décliné depuis quelque temps et les ruines seules paraissaient de ce qui avait été; et le pire de tout était ceci, que j'étais la créature la plus découragée et la plus inconsolée qui fût au monde; moi qui avais encouragé mon mari et m'étais efforcée de soutenir les miens, je manquais de ce courage dans la douleur que je lui disais qui était si nécessaire pour supporter le fardeau.

Mais mon cas était véritablement déplorable, car j'étais abandonnée absolument sans amis ni aide, et la perte qu'avait subie mon mari avait réduit sa condition si bas que bien qu'en vérité je ne fusse pas en dette, cependant je pouvais facilement prévoir que ce que j'avais encore ne me suffirait longtemps; que la petite somme fondait tous les jours pour ma subsistance; de sorte qu'elle serait bientôt entièrement dépensée, et puis je ne voyais plus devant moi que l'extrême détresse, et ceci se représentait si vivement à mes pensées, qu'il semblait qu'elle fût arrivée, autant qu'elle fût réellement très proche; aussi mes appréhensions seules doublaient ma misère: car je me figurais que chaque pièce de douze sous que je donnais pour une miche de pain était la dernière que j'eusse au monde et que le lendemain j'allais jeûner, et m'affamer jusqu'à la mort.

Dans cette détresse, je n'avais ni aide ni ami pour me consoler ou m'aviser; je restais assise, pleurant et me tourmentant nuit et jour, tordant mes mains, et quelquefois extravagant comme une femme folle, et en vérité je me suis souvent étonnée que ma raison n'en ait pas été affectée, car j'avais les vapeurs à un tel degré que mon entendement était parfois entièrement perdu en fantaisies et en imaginations.

Je vécus deux années dans cette morne condition, consumant le peu que j'avais, pleurant continuellement sur mes mornes circonstances, et en quelque façon ne faisant que saigner à mort, sans le moindre espoir, sans perspective de secours; et maintenant j'avais pleuré si longtemps et si souvent que les larmes étaient épuisées et que je commençai à être désespérée, car je devenais pauvre à grands pas.

Pour m'alléger un peu, j'avais quitté ma maison et loué un logement: et ainsi que je réduisais mon train de vie, ainsi je vendis la plupart de mes meubles, ce qui mit un peu d'argent dans ma poche, et je vécus près d'un an là-dessus, dépensant avec bien de l'épargne, et tirant les choses à l'extrême; mais encore quand je regardais devant moi, mon cœur s'enfonçait en moi à l'inévitable approche de la misère et du besoin. Oh! que personne ne lise cette partie sans sérieusement réfléchir sur les circonstances d'un état désolé et comment ils seraient aux prises avec le manque d'amis et le manque de pain; voilà qui les fera certainement songer non seulement à épargner ce qu'ils ont, mais à se tourner vers le ciel pour implorer son soutien et à la prière de l'homme sage; «Ne me donne point la pauvreté, afin que je ne vole point.»

Qu'ils se souviennent qu'un temps de détresse est un temps d'affreuse tentation, et toute la force pour résister est ôtée; la pauvreté presse, l'âme est faite désespérée par la détresse, et que peut-on faire? Ce fut un soir, qu'étant arrivée, comme je puis dire, au dernier soupir, je crois que je puis vraiment dire que j'étais folle et que j'extravaguais, lorsque, poussée par je ne sais quel esprit, et comme il était, faisant je ne sais quoi, ou pourquoi, je m'habillai (car j'avais encore d'assez bons habits) et je sortis. Je suis très sûre que je n'avais aucune manière de dessein dans ma tête quand je sortis; je ne savais ni ne considérais où aller, ni à quelle affaire: mais ainsi que le diable m'avait poussée dehors et m'avait préparé son appât, ainsi il m'amena comme vous pouvez être sûrs à l'endroit même, car je ne savais ni où j'allais ni ce que je faisais.

Errant ainsi çà et là, je ne savais où, je passai près de la boutique d'un apothicaire dans Leadenhall-Street, où je vis placé sur un escabeau juste devant le comptoir un petit paquet enveloppé dans un linge blanc: derrière se tenait une servante, debout, qui lui tournait le dos, regardant en l'air vers le fond de la boutique où l'apprenti de l'apothicaire, comme je suppose était monté sur le comptoir, le dos tourné à la porte, lui aussi, et une chandelle à la main, regardant et cherchant à atteindre une étagère supérieure, pour y prendre quelque chose dont il avait besoin de sorte que tous deux étaient occupés: et personne d'autre dans la boutique.

Ceci était l'appât; et le diable qui avait préparé le piège m'aiguillonna, comme s'il eût parlé; car je me rappelle, et je n'oublierai jamais: ce fut comme une voix soufflée au-dessus de mon épaule: «Prends le paquet; prends-le vite; fais-le maintenant.»