Elle m'arrêta tout court et me dit que ce n'était point son affaire. Toutes les dames qui se fiaient à ses soins étaient mariées pour elle; toute femme, dit-elle, qui se trouve grosse d'enfant, a un père pour l'enfant, et que ce père fût mari ou non, voilà qui n'était point du tout son affaire; son affaire était de me servir dans ma condition présente que j'eusse un mari ou non.

—Car, madame, dit-elle, avoir un mari qui ne peut paraître, c'est n'avoir point de mari; et par ainsi que vous soyez femme mariée ou maîtresse, cela m'est tout un.

Je vis bientôt que catin ou femme mariée, il fallait passer pour catin ici; de sorte que j'abandonnai ce point. Je lui dis qu'elle avait bien raison, mais que si je devais lui dire mon histoire, il fallait la lui dire telle qu'elle était. De sorte que je la racontais aussi brièvement que je le pus, et voici quelle fut ma conclusion.

—La raison, dis-je, pour laquelle, madame, je vous incommode de ces détails, n'est point tant, comme vous l'avez dit tout à l'heure, qu'ils touchent au propos de votre affaire; mais c'est à ce propos, à savoir que je ne me soucie point d'être vue ni cachée, mais la difficulté où je suis, c'est que je n'ai point de connaissances dans cette partie du pays.

—Je vous entends bien, madame, dit-elle, vous n'avez pas de répondant à nommer pour éviter les impertinences de la paroisse qui sont d'usage en telles occasions; et peut-être, dit-elle, que vous ne savez pas bien comment disposer de l'enfant quand il viendra.

—La fin, dis-je, ne m'inquiète pas tant que le commencement.

—Eh bien, madame, répond la sage-femme, oserez-vous vous confier à mes mains? Je demeure en tel endroit; bien que je ne m'informe pas de vous, vous pouvez vous enquérir de moi; mon nom est B...; je demeure dans telle rue (nommant la rue), à l'enseigne du Berceau; ma profession est celle de sage-femme et j'ai beaucoup de dames qui viennent faire leurs couches chez moi; j'ai donné caution à la paroisse en général pour les assurer contre toute enquête sur ce qui viendra au monde sous mon toit. Je n'ai qu'une question à vous adresser, madame, dit-elle, en toute cette affaire; et si vous y répondez, vous pouvez être entièrement tranquille sur le reste.

Je compris aussitôt où elle voulait en venir et lui dis:

—Madame, je crois vous entendre; Dieu merci, bien que je manque d'amis en cette partie du monde, je ne manque pas d'argent, autant qu'il peut être nécessaire, car je n'en ai point non plus d'abondance.

J'ajoutai ces mots parce que je ne voulais pas la mettre dans l'attente de grandes choses.