—Oh! ma mère, dis-je, si vous pouvez y parvenir, je serai liée à vous pour toujours.

—Eh bien, dit-elle, vous accorderez-vous à faire quelque petite dépense annuelle plus forte que la somme que nous donnons d'ordinaire aux personnes avec qui nous nous entendons?

—Oui, oui, dis-je, de tout mon cœur, pourvu que je puisse rester inconnue.

—Pour cela, dit-elle, vous pouvez être tranquille; car jamais la nourrice n'osera s'enquérir de vous et une ou deux fois par an vous viendrez avec moi voir votre enfant et la façon dont il est traité, et vous vous satisferez sur ce qu'il est en bonnes mains, personne ne sachant qui vous êtes.

—Mais, lui dis-je, croyez-vous que lorsque je viendrai voir mon enfant il me sera possible de cacher que je sois sa mère? Croyez-vous que c'est une chose possible?

—Eh bien, dit-elle, même si vous le découvrez, la nourrice n'en saura pas plus long; on lui défendra de rien remarquer; et si elle s'y hasarde elle perdra l'argent que vous êtes supposée devoir lui donner et on lui ôtera l'enfant.

Je fus charmée de tout ceci: de sorte que la semaine suivante on amena une femme de la campagne, de Hertford ou des environs, qui s'accordait à ôter l'enfant entièrement de dessus nos bras pour 10£ d'argent; mais si je lui donnais de plus 5£ par an, elle s'engageait à amener l'enfant à la maison de ma gouvernante aussi souvent que nous désirions, ou bien nous irions nous-mêmes le voir et nous assurer de la bonne manière dont elle le traiterait.

La femme était d'apparence saine et engageante; elle était mariée à un manant, mais elle avait de très bons vêtements, portait du linge, et tout sur elle était fort propre; et, le cœur lourd, après beaucoup de larmes, je lui laissai prendre mon enfant. Je m'étais rendue à Hertford pour la voir, et son logement, qui me plut assez; et je lui promis des merveilles si elle voulait être bonne pour l'enfant; de sorte que dès les premiers mots elle sut que j'étais la mère de l'enfant: mais elle semblait être si fort à l'écart, et hors d'état de s'enquérir de moi, que je crus être assez en sûreté, de sorte qu'en somme, je consentis à lui laisser l'enfant, et je lui donnai 10£, c'est-à-dire que je les donnai à ma gouvernante qui les donna à la pauvre femme en ma présence, elle s'engageant à ne jamais me rendre l'enfant ou réclamer rien de plus pour l'avoir nourri et élevé; sinon que je lui promettais, si elle en prenait grand soin, de lui donner quelque chose de plus aussi souvent que je viendrais la voir. De sorte que je ne fus pas contrainte de payer les 5£, sauf que j'avais promis à ma gouvernante de le faire. Et ainsi je fus délivrée de mon grand tourment en une manière qui, bien qu'elle ne me satisfît point du tout l'esprit, pourtant m'était la plus commode, dans l'état où mes affaires étaient alors, entre toutes celles où j'eusse pu songer.

Je commençai alors d'écrire à mon ami de la Banque dans un style plus tendre: et, en particulier, vers le commencement du mois de juillet. Je lui envoyai une lettre que j'espérais qu'il serait en ville à quelque moment du mois d'août; il me retourna une réponse conçue dans les termes les plus passionnés qui se puissent imaginer, et me supplia de lui faire savoir mon arrivée à temps pour qu'il pût venir à ma rencontre à deux journées de distance. Ceci me jeta dans un cruel embarras, et je ne savais comment y répondre. À un moment, j'étais résolue à prendre le coche pour West-Chester, à seule fin d'avoir la satisfaction de revenir, pour qu'il put me voir vraiment arriver dans le même coche; car j'entretenais le soupçon jaloux, quoique je n'y eusse aucun fondement, qu'il pensât que je n'étais pas vraiment à la campagne.

J'essayai de chasser cette idée de ma raison, mais ce fut en vain: l'impression était si forte dans mon esprit, qu'il m'était impossible d'y résister. Enfin, il me vint à la pensée, comme addition à mon nouveau dessein, de partir pour la campagne, que ce serait un excellent masque pour ma vieille gouvernante, et qui couvrirait entièrement toutes mes autres affaires, car elle ne savait pas le moins du monde si mon nouvel amant vivait à Londres ou dans le Lancashire: et quand je lui dis ma résolution, elle fut pleinement persuadée que c'était dans le Lancashire.