—Jamais! s'écria la jeune fille. Oh! Lionel, vous avez raison. Votre noble tâche avant tout. Je vous donne à notre cher pays. Votre mère sera fière de vous. Moi, je vous attendrai avec patience, dussiez-vous ne jamais pouvoir revenir à moi du haut de ces vastes sphères où vous vous élancez.

Lionel ferma les yeux, puis les rouvrit, avec un geste un peu théâtral de la tête, comme ébloui passagèrement par la splendeur d'une vision soudaine.

—Vous m'aimez donc?... s'écria-t-il.

Un long regard de Renée, un lent sourire, infiniment doux et passionné, lui répondirent.

Malgré le danger d'être surpris dans cette grande salle enveloppée de l'activité du ministère, et où déjà des employés étaient entrés après un coup bien léger à la porte, Lionel se leva, et Renée, d'un mouvement irrésistible, vint mettre ses mains dans les siennes.

—Oh! la vie, la vie partagée avec vous, comme elle sera haute, claire, délicieuse! murmura-t-il. O mon amie! vous voulez bien la traverser à mes côtés, malgré les difficultés que je vous ai montrées, malgré les sacrifices que je vous demande?

—Je vous le répète, fit la jeune fille, je puis attendre, attendre toujours. Ne parlez pas de sacrifices. Mon bonheur à cette minute est assez grand pour remplir toute une existence.

Les réticences et les froideurs calculées d'une coquette ressemblent plus à la vertu que l'impulsion généreuse d'un cœur, qui, se donnant, ne sait rien retenir de lui-même, et songe moins à se faire valoir qu'à atténuer le prix de sa suprême offrande. Lionel, tout sincèrement heureux qu'il fût de l'aveu de Renée, accepta sans les discuter ses délicates paroles. Entre eux deux, c'était lui sans nul doute—pensait-il—qui allait apporter au contrat provisoire dont les clauses se dessinaient très nettement dans sa tête, la part la plus large d'honneur et de joie. Il se sentit soudain très fort pour attaquer ce mot «attendre,» répété pour la troisième fois par la jeune fille.

Il le redit à son tour, à plusieurs reprises, d'un ton interrogateur et mélancolique, puis il ajouta:

—Pour combien d'années faudra-t-il renoncer à nous voir?