—Leur source dans mes yeux doit être assez profonde—
Du moins j'aurai vécu... Rien qu'un jour, mais si beau!
Un instant de bonheur, c'est beaucoup dans ce monde;
C'est beaucoup d'emporter, dans l'ombre qui m'inonde,
Cette étincelle ardente à mon triste flambeau.
Renée composa ces vers une nuit où elle ne dormait pas, dans la surexcitation d'une insomnie qui l'énervait, qui rendait plus aiguës ses facultés et plus vivants ses souvenirs. Elle ne comptait les montrer à personne, pas même à Lionel. Mais le lendemain, comme elle les recopiait, elle entendit à la porte du jardin le coup de sonnette spécial de M. de Ligneul. Se trouvant seule—car c'était l'après-midi et sa femme de ménage ne passait chez elle que la matinée—elle alla ouvrir. Les papiers restaient là, tels quels.
«Oh! pensa-t-elle en mettant le pied dehors, nous allons avoir un orage.»
En effet, tout absorbée par son travail et ses pensées, elle n'avait pas vu le ciel se couvrir d'énormes nuages noirs, elle n'avait même pas entendu le premier roulement de tonnerre.
Au moment où Fabrice entra, de larges gouttes commencèrent à tomber, en même temps qu'une effrayante rafale de vent courbait les arbres du petit jardin puis s'engouffrait dans la forêt avec des gémissements lugubres.
Les deux jeunes gens n'eurent que le temps de se précipiter dans la maison.