La Muse est une voix qui nous parle à l'oreille,

dit en souriant Fabrice, à qui les paroles de Renée rappelèrent tout à coup ce vers de Musset. Votre Muse à vous, madame, n'est pourtant pas celle de la poésie, et ce n'est pas la nuit, c'est au grand jour qu'elle vous parle.

La jeune femme rougit.

—Ah bah! s'écria Ligneul. Serait-ce possible? C'étaient des vers que vous commettiez! Oh! mais alors, il faut les sauver à tout prix. Je serais curieux de les voir.

Et, riant, avec cette gaîté voulue qu'il s'imposait souvent pour distraire celle au bonheur de qui, sans le savoir lui-même, il se consacrait chaque jour plus complètement, il s'élança sous l'averse. Deux minutes après, il revint, tout ruisselant, agitant avec un air de triomphe, deux feuillets souillés de boue. Ses courts cheveux, naturellement frisés, se séparaient en une foule de petites mèches toutes roulées sur elles-mêmes, par l'effet de l'eau.

—J'ai l'air d'un nègre blond, dit-il, s'apercevant par hasard dans une glace.

Et, très amusé, il frottait sa chevelure avec son mouchoir, s'excusant du procédé, refusant les serviettes que Renée lui apportait.

—Ce sont bien des vers! ce sont bien des vers! répétait-il. Maintenant, pour ma peine, madame, vous allez me permettre de les lire.

—Ne me demandez pas cela, dit-elle.

Le connaissant si discret, elle était sûre qu'il n'insisterait pas. Pourtant, dans cette petite circonstance, il sortit de ses habitudes. Tout ce qui touchait à Renée l'intéressait extraordinairement. Pour lui, l'âme de la jeune femme apparaissait comme un mystérieux sanctuaire, dont, avec une curiosité presque religieuse, il eût voulu exploiter les recoins les plus secrets.