—Je reviens de Versailles... dit-il, haletant presque, et étreignant toujours l'épaule de Fabrice. Je t'ai vu monter à Bellevue... Je te croyais en voyage. Alors je me suis senti sûr que tu allais descendre ici... Et tu allais tout droit là-bas?... Tu y allais!...
Il ne trouvait plus ses mots. Comme Fabrice, absolument stupéfait, ne répondait pas tout de suite, Lionel le lâcha, et murmurant:—«Ah! la misérable...» partit rapidement vers le haut du village.
M. de Ligneul ne le laissa pas aller bien loin.
—Tu n'iras pas la voir dans l'état où tu es! s'écria-t-il en le rejoignant. Je saurai bien t'en empêcher. Qu'est-ce que tu veux donc d'elle? Ne seras-tu satisfait que quand tu l'auras tuée?
Il y eut presque une courte lutte entre les deux jeunes gens. Puis, comme les commères du pays paraissaient déjà de toutes parts sur leurs portes:
—Écoute, dit Fabrice, je ne crois te devoir aucune explication, puisque tu t'es séparé de cette jeune femme et qu'elle n'est plus rien pour toi. Cependant, à cause d'elle-même, et pour que tu n'ailles pas la troubler de nouveau par tes violences, je te ferai connaître jusqu'aux moindres détails de ma conduite à son égard. Nous ne pouvons pas causer ici. Viens à Paris. Si tu n'es pas content de ce que je te dirai, eh bien, je me tiendrai à ta disposition.
Son calme finit par avoir raison de la fureur subite qui aveuglait Lionel. Ils parcoururent, partie à pied, partie en voiture, le long trajet de Clamart à la rue Las-Cases sans échanger une seule parole. Quand ils furent tous deux enfermés dans la bibliothèque:
—Allons, parle, fit Duplessier d'un air sombre.
Fabrice, en quelques phrases, hautaines et claires, décrivit son rôle tout de pitié, de respectueux intérêt, auprès d'une femme si malheureuse et si cruellement traitée.
Lionel eut un long ricanement.