Il eut un moment de stupéfaction et d'incertitude. Une fois il se leva, s'apprêta à suivre Ligneul, descendit quatre à quatre la moitié de l'escalier; puis il se ravisa, remonta lentement, hésita encore, et enfin, décidément, remit son chapeau à sa place avec un geste résolu et un sourire presque de triomphe.

Pendant ce temps Fabrice retournait à Clamart.

—Eh bien, oui, le sort en est jeté. Je ferai tout, je lui dirai tout, je m'engagerai à tout, pourvu seulement qu'elle retourne dans sa famille et qu'elle me laisse arranger son avenir... notre avenir. Qu'importe les rigides traditions de ma race et l'idéal de mariage et d'existence que j'ai accepté, tout fait pour ainsi dire, de mes parents en venant au monde? Je sens bien à présent que je le poursuivrai en pure perte, cet idéal, qu'il ne m'apporterait pas le bonheur. J'ai connu autre chose, qui ne lui est pas préférable au point de vue des préjugés peut-être, mais dont je ne puis plus me passer. Après tout, je suis orphelin, je suis libre, absolument maître de ma vie et de mes affections.


Lorsque Fabrice sonna, le cœur battant de mille émotions diverses, à la grille du chalet, la femme de ménage, qui lui ouvrit, lui annonça que «madame» était de nouveau souffrante, et que peut-être elle ne pourrait pas le recevoir.

—Dites que c'est moi, fit-il, et que je suis venu pour lui parler de choses extrêmement importantes.

Un moment après, il pénétrait dans la chambre. Renée, sans le savoir, s'y tenait dans le costume et dans l'attitude où il la préférait, à demi étendue sur le sofa, et sa jolie tête touchante encadrée par la dentelle couleur d'ivoire, sous laquelle ses cheveux faisaient de chaudes ombres rousses.

—Encore malade? dit avec douceur le jeune homme en s'asseyant auprès d'elle.

—Non, presque rien, dit Renée en souriant.

—Ces violettes, j'espère, ne vous feront pas mal à la tête, dit Fabrice en posant un énorme bouquet sur ses genoux.