XIII
LE lendemain matin, Lionel déjeunait près du lit de Renée, et il se levait à toute minute pour l'embrasser, avec une exubérance de gaîté et une extravagance de tendresse qui finissaient par amener un des bons éclats de rire d'autrefois sur les lèvres de la jeune femme.
«Peut-être, après tout, songeait-elle, n'est-il qu'un grand enfant, volontaire, capricieux et gâté, et non pas l'homme plein de sombre égoïsme et de misérable vanité que j'ai cru parfois entrevoir, que j'essayais vainement de me cacher à moi-même.»
Elle entrait dans les folies du jeune homme, et tous deux s'amusèrent comme des écoliers qui ont fait une bonne farce de la stupéfaction mal dissimulée de leur femme de ménage. L'excellente commère flairait quelque drame. Elle n'avait pas trop cru au voyage de «Monsieur», lors du départ précipité qui avait causé tant de larmes à «Madame». Elle pensait bien ne jamais revoir «Monsieur». Et voici qu'il était de retour, plus amoureux que jamais. Et «Madame» ne parlait plus de retourner dans sa famille, comme il en avait été question. Qu'est-ce que tout cela voulait dire?
On sonna. C'était une dépêche pour Renée. Elle la lut et pâlit. Lionel saisit vivement le léger papier bleu.
La dépêche était signée Fabrice.
M. de Ligneul demandait à Renée si elle le réclamait encore comme protecteur et comme appui, ou bien s'il devait considérer son rôle auprès d'elle comme terminé, auquel cas il promettait de ne jamais chercher à la revoir.
Lionel fronça les sourcils. L'expression mauvaise de la veille marqua de nouveau son visage. Il passa rapidement son pardessus, saisit sa canne, son chapeau.