—Où vas-tu? demanda Renée avec épouvante.
—Répondre moi-même à Fabrice, dit-il.
—O mon ami! tu m'effraies. N'y va pas. Laisse-moi lui écrire. Je lui dirai ce que tu voudras. Songe qu'il est notre victime... Nous le brisons dans notre lutte...
—Tu as bien peur pour lui!... cria Lionel en tordant brutalement les bras qui cherchaient à le retenir.
Une seconde après il était hors de la maison.
Renée demeura plongée dans une inquiétude pleine d'angoisse. Que se passerait-il entre les deux jeunes gens? Un duel, sans doute. Son Lionel, au moment où il semblait revenir à elle pour toujours, allait-il mourir en pleine jeunesse, au seuil de son brillant avenir, et mourir à cause d'elle? Ou bien chargerait-il ses mains du sang de cet être charmant, de ce beau et blond Fabrice, à la pensée si profonde, au cœur si tendre, à l'âme si pleine d'illusions? Ce Fabrice, dont la compassion et la sympathie pour elle-même auraient été le seul crime.
Se prenant, elle aussi, en pitié, dans l'horrible supplice de ces heures d'incertitude et d'attente, qui dépassaient en intensité de douleur tout ce qu'elle avait déjà traversé, elle se demandait quelles tortures lui réservait encore son amour.
Pour oublier un peu, et faire passer plus rapidement les cruelles minutes, elle voulut essayer de s'habiller et d'aller voir sa fille. Mais, pouvant à peine se tenir debout, elle dut y renoncer, s'envelopper de son peignoir et s'étendre sur le sofa.
A ce moment, Lionel et Fabrice, dans un coupé de remise attelé d'un vigoureux cheval, accouraient à fond de train de la rue Las-Cases à Clamart.
D'abord une scène violente s'était passée entre eux. Lionel était entré dans la maison comme un ouragan, s'était précipité dans la bibliothèque où travaillait son ami, et brandissant le télégramme: