—Renée, Renée, c'est donc vous!

Il était plus pâle qu'autrefois, plus mince, et il portait dans ses yeux—c'était visible—un reflet d'éternel chagrin.

—Je viens quelquefois ici, dit-il.

Il tenait un livre à la main.

—Je veux dire, reprit-il en rougissant faiblement, je viens quelquefois lire dans les bois. Aujourd'hui je me suis un peu détourné de mon chemin. Je voulais revoir...

Il n'acheva pas. Tous deux s'éloignèrent côte à côte, dans un profond et sérieux silence. Machinalement, au lieu de descendre vers le village, ils prirent le sentier qui s'enfonçait dans la forêt.

C'était un de ces curieux jours que l'on rencontre chaque année entre l'hiver et la belle saison; le ciel est bleu, le soleil brille, les oiseaux chantent, les fleurs éclosent, et pas une feuille ne paraît encore aux arbres. Une radieuse lumière resplendit sur une nature morne, rigide, désolée. Renée se souvenait bien d'un jour semblable et d'une promenade faite jadis dans ces mêmes bois. Lionel alors marchait à ses côtés, et elle, tombant soudain sur sa poitrine, dans un transport d'attendrissement, de passion, de poésie, lui avait juré que, quoi qu'elle dût en souffrir, elle se trouvait heureuse d'être à lui. Et ce serment comptait parmi les choses qu'il avait amèrement détruites et brisées. Elle ne le répéterait plus aujourd'hui.

—Renée, demanda Fabrice avec douceur, voulez-vous me dire, voulez-vous me dire franchement—il appuya sur le mot—à quoi vous songez à présent?

Elle le regarda, étonnée. Ce n'était pas du tout à lui qu'elle pensait.

—Et pourtant, se dit-elle, il a voulu mourir à cause de moi.