Elle lui répondit:

—Je songe au passé.

—Au passé, répéta-t-il. Au passé... Et, vraiment, vous y songerez toujours? N'y aurait-il pas une espérance, une consolation...—Il hésita,—un dévoûment... qui réussirait jamais à vous tourner vers l'avenir?

Renée secoua la tête.

—Ah! fit-il avec amertume, cette rencontre d'aujourd'hui ne m'est pas favorable. Vous me revoyez trop tôt!

—Regardez ces arbres, lui dit-elle en étendant la main vers les grises cimes dépouillées. Encore quelques douces brises, et leurs grands cadavres vont s'agiter, palpiter, et se couronneront de fraîche verdure. Le cœur humain n'est pas fait ainsi. Quand certains souffles l'ont desséché, nul printemps ne le fait refleurir.

—Mais, dit Fabrice, si mon amour,—oui, mon amour, j'ose encore vous le dire, Renée,—cet amour, que je n'ai pu éteindre et qui n'a fait que grandir, tandis que je suivais de loin votre existence vaillante et digne, s'il ne peut être pour vous le vivifiant effluve auquel vous ne croyez plus, que vous n'attendez plus, du moins vous ne voudrez pas être pour moi le vent de désespoir qui dessèche et qui tue? J'ai tout fait pour vous oublier, je ne l'ai pas pu. Eh bien, je m'abandonne à vous, je vous supplie lâchement. Vous ne m'aimerez pas, vous, qu'importe? Laissez-moi vous adorer. Il me semble qu'à la longue je saurai bien effacer vos blessures.

—Que vous êtes bon, mon ami! s'écria-t-elle en lui tendant la main.

Elle ajouta avec chaleur:

—Que vous avez été bon pour moi! Si vous saviez, si vous saviez, ce que, durant deux mois d'affreuse détresse physique et morale, votre charmante amitié fut pour moi. A peine aurais-je cru qu'il pût exister, chez un homme ou chez une femme, une nature aussi exquise que la vôtre. Laissez-moi vous dire, du fond de mon âme, comme je vous apprécie, comme je vous admire et quelle profonde reconnaissance je vous garderai toujours.