—L'évidence de ceci ne m'est pas absolument démontrée, car le bonheur des peuples semble partout être en raison inverse de la force de leurs gouvernements.
—Enfin, papa... dit Renée, qui, à bout d'arguments, finit par rire de son gai rire d'enfant. Enfin, voyons, quelle est ta solution? De notre temps et dans notre pays, tu pourrais mettre au pouvoir qui bon te semblerait, quels hommes choisirais-tu? Je te connais, tu ne renverserais pas le gouvernement, puisque ton avis est qu'il faut agir en modifiant ce qui est, non pas en innovant.
—Certes non, je ne renverserais rien.
—Alors?...
—Alors, je m'abstiendrais, comme toi chez le pharmacien.
—Oh! papa, voyons. C'est très sérieusement que je te le demande. Quels hommes choisirais-tu? Puisqu'il n'y en a pas de bons, quels sont les moins mauvais?
—Ceux qui ont fait leurs preuves, qui ont vécu. Foin des jeunes gens bourrés de fatuité, d'ignorance et de belles paroles! Donne-moi de rudes lutteurs qui aient taillé leur propre chemin à travers le monde, dans n'importe quelle sphère, intelligemment, vaillamment, honnêtement surtout.
—Et encore?
—Je choisirais parmi eux ceux qui semblent, de par leurs occupations et leurs capacités, devoir comprendre quelque chose—non pas à la politique, c'est impossible—mais aux affaires. J'entends aux grandes affaires, qui sont celles d'un pays.
—C'est tout?