—Non, je ferais un nouveau triage et prendrais ceux qui, très sincèrement, ne recherchent pas le pouvoir; ceux qui, comme toi chez le pharmacien, tremblent à l'idée de préparer les mixtures.

—Tu n'aurais qu'une assemblée de timorés. Ils mettraient cent ans à élaborer un impôt sur les biscuits de Reims ou sur les rillettes de Tours et à en prévoir les conséquences?

—Parfait! Tandis qu'ils le prépareraient on mangerait tranquillement durant un siècle des rillettes et des biscuits.

—Et la guerre?

—Ils tâcheraient de l'éviter.

—Mais si elle éclate. C'est alors que la lambinerie de tes législateurs serait nuisible.

—Non, car ils n'auraient plus rien à faire. La guerre est un métier, connu comme celui de couler des canons et de fabriquer des fusils. C'est une science, si tu veux, et fort approfondie. Ou bien encore, c'est un art, et chaque âge produit des maîtres en ce genre. C'est, en somme, ces trois choses à la fois. Les législateurs n'auraient qu'à regarder et qu'à compter les coups.

—Papa, n'admires-tu pas cependant un jeune homme qui se consacre à son pays, et qui?...

Elle cherchait ses mots.

—Ma fille, j'admire beaucoup un jeune homme qui se consacre à son pays.