Il ajouta plus bas, plongeant dans les yeux de Renée un long regard qui amena le sang aux joues de la jeune fille et l'ébranla d'un grand frisson voluptueux:
—J'ai tant envie de t'embrasser!
Elle ne le questionna plus et se laissa conduire. Comme ils approchaient des Invalides, ils furent arrêtés sur le trottoir de l'avenue par le: «Ho, là!...» d'un cocher. Un merveilleux petit coupé, attelé de deux alezans superbes, sortait d'une porte cochère. Les deux hommes, sur le siège, portaient d'immenses palatines de fourrures claires, et, à travers les glaces, étincela un chatoiement du satin qui capitonnait l'intérieur. Un couple, tout jeune—le mari et la femme sans doute—était assis au fond.
—En voilà qui ont de la chance! s'écria Lionel. Est-on heureux pourtant de se promener dans une voiture comme ça!
Cette vulgaire exclamation choqua Renée. Le souvenir de la conversation tenue la veille chez Mme Anderson lui revint. Est-ce que le bien-être et l'argent serait un but pour Lionel? Tout de suite elle rejeta le soupçon. Elle aimait trop pour observer. C'est plus tard que certaines paroles prendraient pour elle leur véritable sens.
—Bah! fit-elle avec douceur, qu'est-ce que ce luxe banal auprès de nos joies?
—Il ne les gâterait pas, reprit Lionel.
Elle éprouva une impression pénible et resta un moment silencieuse.
Tout à coup Lionel tourna dans une petite rue, à l'aspect louche, la rue Chevert. Il dit rapidement, d'un air un peu gêné:
—J'ai un ami, en voyage pour un mois ou deux, qui ma prêté son logement. Nous y serons comme chez nous.