La baronne et sa fille ne voulurent rien entendre. Elles vinrent faire visite au professeur et à sa femme, escaladèrent les cinq étages de la rue Darcet, proposèrent de tout arranger en donnant une chambre à Renée, qui s'habillerait, dormirait rue Monceau, et serait au bal comme la fille de la maison, chaperonnée par madame d'Altenheim elle-même. Deux heures après leur visite, une caisse arriva avec leurs cartes. Elle contenait vingt mètres de gaze crème d'une disposition ravissante, du taffetas crème pour le jupon et les dessous, plusieurs paires de bas de soie à jour. Une lettre vint encore annoncer que le portrait fait par Renée, exposé dans un petit salon à part, serait une des «great attractions» de la soirée. Le farouche M. Sorel lui-même ne put résister à tant de grâce, et donna la permission désirée.
La veille de ce bal, Renée se rendit rue Chevert. Ce n'était pas le jour d'un des rendez-vous ordinaires; pour la première fois, elle avait écrit à Lionel de venir la rejoindre à une certaine heure, ayant à lui parler.
—Qu'as-tu? lui demanda-t-il tout de suite. Tu es tout agitée? Tu me fais peur. Es-tu malade?
—Non, Lionel, je ne suis pas malade, mais certainement cela va m'arriver si tu ne me guéris pas d'une idée qui m'est venue et qui me rend folle.
—Quelle idée?
—Oh! c'est tout à fait stupide, dit-elle en s'efforçant de rire. J'ose à peine l'avouer. Tu vas te moquer de moi.
—Mais non, ma chérie, je ne me moquerai jamais d'une chose qui te tourmente. Parle donc.
—Mais je me trompe... C'est impossible... Je ne sais pas du tout comment cela se passe, moi... O Lionel! ce serait épouvantable.
Elle fondit en larmes. Il ne comprenait pas encore, et s'alarmait sérieusement. Enfin elle lui murmura quelques mots à l'oreille.
—C'est cela qui te fait peur? dit-il simplement. Oh! comme j'en serais heureux!