Vers la fin de la nuit, tandis qu'on dansait le cotillon, Lionel dit à Renée qu'à cause d'elle il était revenu trop promptement de son dernier voyage, qu'il devait absolument retourner pour quelques jours dans le Midi. Voir ses parents n'était pas le seul but qu'il eût en retournant là-bas. Mais il préparait dans le département des Pyrénées-Maritimes son élection pour la prochaine législature.

—Gambetta, lui dit-il, va faire passer le scrutin de liste. Messieurs X..., Y... et Z..., qui sont sûrs d'être réélus dans ce département, se sont engagés à me mettre avec eux sur la liste opportuniste. Je dois préparer le terrain, me faire connaître. Les vacances parlementaires durent quelques jours encore. Il faut que j'en profite.

Renée s'affligeait.

—Oh! je ne serai pas longtemps absent. Mais j'ai attendu ce bal pour repartir. Il faut me hâter. Je prends demain le train de huit heures à la gare d'Orléans. Sais-tu, mignonne, que c'est long et triste, le trajet de la rue Las-Cases à la gare d'Orléans. Si tu étais une bonne petite femme, tu viendrais m'accompagner.

Il la tutoyait ainsi tout bas, dans l'angle où ils s'étaient réfugiés. Elle était couverte par les rubans, les fleurs, les grelots du cotillon qu'on était venu lui offrir, et qu'elle accrochait à son corsage; mais elle ne se levait plus que rarement pour faire un tour de valse.

—T'accompagner demain à sept heures? Mais c'est dans un instant, dit-elle.

—Eh bien, oui.

—Il faudrait me rhabiller et quitter l'hôtel sans me coucher, que penserait-on?

—Tu dirais que tu as une leçon de bonne heure.